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Elle a démasqué Jack l'Éventreur
La criminologue Sophie Herfort, originaire de Breuil-Bois-Robert, publie « Jack l’Éventreur démasqué » aux Éditions Tallandier. Au bout de vingt ans de recherches, elle pense avoir résolu l’un des plus grands mystères de l’histoire criminelle.


Adélaïde Haslé

Le Courrier de Mantes
Publié le:  18 juillet 2007
Page 2 
— Sophie Herfort est persuadée avoir trouvé qui se cache derrière Jack l'Éventreur.

« Un petit thé vert. » Sophie Herfort doit s’y reprendre à deux fois pour commander son thé. Elle parle si bas.

Rendez-vous a été donné dans une brasserie du centre-ville de Mantes-la-Jolie. Vêtue d’un trench-coat noir, une touche de couleurs à ses lèvres, elle est arrivée tout aussi discrètement. Blonde, mince, le regard parfois fuyant, elle est convaincue d’avoir résolu l’une des plus grandes énigmes de l’histoire criminelle.

C’est à l’âge de 11 ans que sa vie change : « J’ai regardé le film de David Wickes sur Jack l’Éventreur. Et j’ai compris que toutes les théories et tous les visages qu’on lui a attribués n’étaient pas les bons. C’était quelqu’un d’autre. Je le savais. J’ai attendu l’âge de 15 ans pour partir en Angleterre et consulter les archives sur cette affaire. »

Londres, 1888. Dans l’East End, le quartier très miséreux de Whitechapel, on retrouve les corps de cinq femmes. À chaque fois dans des coins obscurs : une impasse, une ruelle, les docks. Et toujours le même scénario : il s’agit de femmes pauvres, prostituées et alcooliques. Celui qui se fait appeler Jack l’Éventreur les tue, les dissèque et les abandonne. L’affaire défraie la chronique, l’opinion se scandalise, Scotland Yard piétine et Buckingham s’inquiète.

Les cinq meurtres ont lieu entre septembre et novembre 1888. Le coupable n’a jamais été arrêté. On a prêté plusieurs visages au meurtrier. Sans succès. De nombreux chercheurs et romanciers se sont intéressés à cette affaire. La dernière théorie en date est celle de Patricia Cornwell qui s’appuie sur d’anciens échantillons ADN. Pour elle, l’assassin est un peintre : Walter Sickert. Mais une nouvelle théorie vient d’apparaître : celle de Sophie Herfort.

Adolescente, fascinée par cette affaire, elle enquête, part à Londres dans le quartier de Whitechapel, prend des photos, fait des recherches, consulte les archives, s’intéresse de près à la criminologie pour tenter de résoudre l’un des plus grands mystères de l’histoire. Il a fallu qu’elle « se faufile », qu’elle ruse et mente pour avoir accès aux documents et mener à bien son enquête.

« Cher patron… »

Professeur de françai langue étrangère, licenciée de philosophie, formée à la psychopédagogie et à la neuropsychiatrie, la passion de sa vie c’est Jack l’Éventreur. Elle a tout construit à partir de ça et s’en est, parfois, mordu les doigts, notamment dans sa vie privée. D’où lui vient une telle passion pour l’horreur ? Selon elle, son père a toujours été passionné « de polars et de criminologie ». Plausible mais il y a autre chose. Plus qu’une passion certainement une fascination pour ce personnage, voire une obsession.

Son enquête ne va pas seulement consister à découvrir l’identité de Jack l’Éventreur, également surnommé Tablier de cuir, mais surtout à prouver ce qu’elle sait depuis le début. D’ailleurs, au fur et à mesure de ses recherches, elle « croise toujours la piste du même homme », écrit-elle.

Entre 1888 et 1896, Jack l’Éventreur va envoyer près de 300 lettres à Scotland Yard. Et c’est grâce à ces documents que Sophie Herfort va peu à peu réunir tous les éléments de la plus grande énigme criminelle du siècle. Et elle va découvrir qu’il s’agit de l’homme le moins soupçonnable, le plus honnête qui soit. Un bon père de famille. Mais qui donc ? Nous brûlons d’impatience.

« Scotland Yard savait »

Août 1888 : une dispute éclate dans les bureaux de Scotland Yard. Le préfet Warren est alors chef de la police. Il ne s’entend pas avec son adjoint Monro. Celui-ci profite de son absence pour proposer une place à l’un de ses amis rencontré à Calcutta, Melville Macnaghten. Mais Warren qui ne perd pas une occasion de tacler son adjoint refuse la nomination de l’ami de celui-ci. Humiliation suprême pour Melville Macnaghten qui a tout quitté en Inde avec femme et enfants pour décrocher ce poste.

Voici donc notre homme. Transformé par la haine en « tueur sans pitié ». Pour se venger du préfet Warren, il va mettre en place une machination des plus machiavéliques. Il assassine cinq femmes et envoie régulièrement des lettres à la police pour prévenir de ses crimes. « Les lettres commençaient toujours par “cher patron”, raconte-t-elle. J’ai alors su qu’il s’agissait de quelqu’un qui entretenait un rapport étroit avec la police, qui avait un compte à régler avec Scotland Yard. »

Peu à peu, tout se recoupe : le lien du meurtrier avec la police, l’humiliation subie et la vengeance qui s’opère. Le jour où le préfet Warren démissionne, les crimes s’arrêtent. Monro le remplace et Melville Macnaghten entre enfin à Scotland Yard.

Sophie Herfort a beaucoup étudié la personnalité du meurtrier. Sa haine des femmes en particulier des prostituées qu’il qualifie de « déchets de l’humanité féminine ». Son goût pour le spectacle, la théâtralisation, ritualisation des scènes de crime avec notamment les intestins enroulés autour des épaules des victimes, les poumons arrachés et les utérus découpés.

Et puis il y a ces fameuses lettres M et C tracées en lettres de sang sur l’une des jambes de la victime. Personne n’a - voulu - fait attention à ces lettres. Sophie Herfort si. M et V pour Melville Macnaghten !

Les mémoires de la fille du meurtrier mettront aussi Sophie Herfort sur cette piste. Macnaghten collectionnait les photos de l’affaire Jack l’éventreur alors qu’il n’a jamais enquêté sur cette affaire ! Des documents qu’il a brûlés par la suite.

Et puis, il y a ces lettres qui continuent d’affluer jusqu’en 1896 et dans lesquelles le meurtrier se dénonce ou presque. À l’image de celle-ci : « Le mobile des crimes est la haine et le dépit contre les hommes du Yard. L’un d’entre eux sera ma victime après que les crimes auront cessé. »

Sophie Herfort affirme que la police savait mais n’a jamais rien dit. « Accuser quelqu’un de Scotland Yard, la police des polices, c’est pire qu’accuser un membre de la famille royale », s’exclame-t-elle.

Si elle a découvert Jack l’Éventreur, elle n’a pas encore résolu l’énigme de Melville Macnaghten. Qu’a-t-il encore à cacher ? Elle veut découvrir d’où lui vient cette haine des femmes et aimerait partir à Calcutta là ou le meurtrier a vécu pour tenter de savoir ce qui s’est passé là-bas. Il aurait, raconte-t-elle, été passé à tabac par ses ouvriers. Jusqu’où ira-t-elle ? Jusqu’au bout. De l’affaire. Du mystère. D’elle-même ?

Le mystère Sophie Herfort

Des questions demeurent encore. Notre témoin entretient un rapport étrange avec son accusé. Elle affirme avoir découvert le coupable mais à aucun moment, ne prononce ce mot. Elle dit toujours « mon suspect » et finit par lâcher « le monstre ». Comme si le doute subsistait encore…

Sophie Herfort boit la dernière gorgée de son thé. C’est la fin de notre rencontre. Elle s’en va comme elle est venue, discrètement. Et laisse la vague impression de ne pas avoir tout dit. Elle a découvert le secret de l’éventreur, mais elle, qu’a-t-elle à cacher ?

Les cinq victimes

• Mary Ann Nichols, 43 ans, poignardée le 30 août 1888 près de Buck’s Row.

• Annie Chapman, 47 ans, étranglée et égorgée le 8 septembre 1888. Il s’agit de la première victime pour laquelle un rituel est mis en place. L’abdomen a été totalement ouvert : les intestins tranchés ont été extraits pour être placés près de son épaule droite. Son utérus a aussi été retiré.

• Elizabeth Stride, 49 ans, assassinée le 30 septembre 1888 à Dutfield Yard. Elle a eu la gorge tranchée jusque la colonne vertébrale.

• La même nuit a lieu un autre meurtre dans le quartier de Whitechapel. Il s’agit de Catherine Eddowes, âgée de 46 ans. Sa gorge est aussi tranchée, ses intestins placés près de l’épaule droite. Son visage a été mutilé, le foie poignardé, l’utérus coupé.

• Mary Jane Kelly, 25 ans, assassinée et mutilée le 9 novembre 1888 au 13 Miller Court. Il s’agit du crime le plus horrible : le coude est tordu, l’utérus, les reins et un sein sont retrouvés sous la tête de la victime, le foie entre les pieds, des morceaux de chair sur la table. Le visage est lacéré dans tous les sens, les poumons et le cœur absents.

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4 juillet 2008
 

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