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Des géants dans le ciel du Mantois
Les scientifiques s’installent sur le futur quartier Mantes Unversité. En attendant un prochain aménagement commercial de l’ancienne halle industrielle du boulevard Salengro, un centre d’intégration spécialisé dans l’aérostation prend aujourd’hui possession des locaux. Un dirigeable propulsé par une pile à combustible va bientôt y décoller. Explications.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  27 juin 2007
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Quelques gouttes d’eau tombent soudainement du ciel alors qu’aucun nuage ne voile le soleil ? Il y a peut-être un dirigeable au-dessus de votre tête.

Un ballon de 160 m3, de quinze mètres de longueur sur quatre de diamètre, propulsé par une pile à combustible, c’est-à-dire contenant de l’hydrogène, qui a la propriété de produire de l’eau lors d’une réaction chimique avec l’oxygène. Décollage dans quelques jours, si la météo est favorable. Sinon, ce sera pour septembre.

Il s’agira de la seconde expérience du genre dans l’histoire de l’aérostation. La halle Sulzer abrite depuis quelques jours un dirigeable gonflé à l’hélium et équipé de ce moteur écologique, dont le premier essai mondial remonte à un an.

Base d’envol à Moisson

L’opération est renouvelée grâce à l’implantation dans la halle industrielle de Mantes-la-Ville d’un centre d’intégration baptisé Dirisoft, conçu pour l’étude et l’assemblage de ballons dirigeables de plus en plus importants et supportant des charges de plus en plus lourdes.

Un laboratoire en somme où, chaque semaine, quatre à cinq scientifiques et étudiants du Pôle de recherche et d’enseignement scientifique universitaire du sud de la région parisienne, qui rassemble près de vingt établissements, viendront valider et faire progresser la recherche dans ce domaine.

Pour compléter la filière, une base d’envol est également créée à Moisson… qui a accueilli les essais et le premier vol de dirigeable en 1903 (ci-dessous). Un « retour aux sources et un hommage aux pionniers », commente le président de la communauté d’agglomération, Dominique Braye.

La présentation officielle du programme s’est déroulée vendredi, sous la halle Sulzer, en présence des porteurs de ce projet : le chercheur Hervé Kuhlmann et Sylvain Allano, directeur scientifique adjoint au CNRS.

« On ne pouvait pas mieux rêver que cette halle, s’enthousiasme le second. Avec les nouvelles technologies de propulsion et les nouveaux matériaux, nous allons passer à une nouvelle famille de dirigeables. Ce site offre les moyens de valider les calculs, les simulations et les modèles en grandeur nature. Nous avons, en France, toutes les compétences. Nous avons de grandes ambitions et les enjeux financiers importants. »

D’étape en étape, les représentants de Dirisoft vont d’abord mettre au point un quadrimoteurs de 500 m3, de vingt mètres de longueur sur cinq mètres d’épaisseur, dont la forme plate « innovante » a été imaginée par Hervé Kuhlmann. Il devrait être assemblé en juillet. Ils espèrent surtout faire décoller d’ici cinq ans un ballon pouvant transporter une charge de trente tonnes et autonome sur le plan énergétique grâce à ses panneaux solaires.

L’explorateur scientifique Jean-Louis Étienne soutient d’ailleurs ces projets, dit-on boulevard Salengro.

« La passion d’innover »

Selon l’ingénieur Hervé Kuhlmann, 47 ans, les ballons conçus dans la région auront d’abord des missions d’observation.

Vous avez fait des études de biologie marine. Pourquoi travaillez-vous finalement sur les dirigeables ?

C’est toujours le hasard de la vie, des rencontres et des applications. Le dirigeable, j’y suis arrivé grâce, ou à cause, de Gérard Fledzer : j’avais travaillé sur toutes les pièces en composite de ce ballon qui devait traverser l’Atlantique, en 1993.

Ce ballon de 160 m3, vous l’avez construit seul ?

Oui, il y a deux ans. Sa conception et sa fabrication représentent environ six mois de travail.

Est-ce un pari avec vous-même ?

Avec un ami, je pensais à une traversée de la Manche en ballon à propulsion musculaire. Nous ne l’avons pas encore fait. On le fera un jour. C’était un premier objectif. Le second était de le prêter à la science, pour y installer des motorisations différentes et le rendre autonome.

Un peu de science-fiction : quelles utilisations de ces ballons peut-on imaginer à l’avenir ?

Ça n’est pas du tout de la science-fiction. Le premier 500 m3 aura la capacité de faire des vols d’observation de la pollution, mais aussi dans le domaine de l’archéologie, des bords de côte et plein d’autres choses. Le champ d’opération est énorme. C’est un vol sans pilote, programmé ou piloté à distance, d’une autonomie qui peut atteindre une semaine.

Pas de transport de personnes, donc ?

Ça n’est pas notre problématique, mais celle de l’industriel. Évidemment, si on parvient à franchir une charge variable de trois tonnes, le ballon pourra transporter du carburant et des passagers.

Entre la technologique et la poésie de ces engins, qu’est-ce qui vous fascine ?

Les deux. C’est un plaisir partagé entre l’innovation et d’inventer de nouvelles techniques de fabrication. C’est la passion d’innover, principalement.

L’objet que vous rêvez d’inventer ?

Je travaille dessus : le 500 m3. S’il vole, ce sera un bon résultat. On pourra passer au 2 000 m3 qui sera un dirigeable transarctique, avec 4 500 km d’autonomie, des personnes à bord.

Déjà, à Moisson, en 1903…

C’est dans la boucle de la Seine que les premiers essais et vols de dirigeables ont eu lieu, en 1903. La famille Lebaudy, propriétaire du château de Rosny, y avait implanté à Moisson les hangars pour les abriter.

Le 16 avril 1902, le premier ballon arrive par bateau. Fusiforme, d’un diamètre de 9,80 m, long de 56 m, gonflé par 2 500 m3 de gaz et propulsé par un moteur Daimler, il demande plusieurs mois de mise au point.

Un vol captif est en route le 3 novembre 1902, suivi le 12 d’une ascension libre jusqu’à 120 mètres. Le 17 décembre, il est sorti du hangar pour un périple de Rosny-Mantes.

L’année 1903 est celle de la consécration : le 8 mai, il fait sa première grande sortie : parti à 9 heures et piloté par l’aérostier Juchmès et le mécanicien Rey, il évolue au-dessus de Mantes et Limay et revient en survolant Buchelay, Rosny et Rolleboise. Il a effectué 37 km, sans incident.

Le premier voyage aérien avec un engin à moteur vient d’être réalisé.

(source mairie de Moisson/« Le Ciel des géants »)


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