François Lucas-Leclin : 37 ans de bonheur notarial
Associé depuis 19 ans de l’étude de notaires de Mantes, Me François Lucas-Leclin vient de signer… pour la retraite. Retour sur une carrière bien remplie.
Francine Carrière
Le Courrier de Mantes
Publié le: 27 juin 2007
Page 17
Après trente-sept ans de « bonheur notarial », comme il le dit lui-même, François Lucas-Leclin range son Code civil pour sortir ses marmites et ses livres d’histoire de l’art. Cours de cuisine avec quelques grands chefs, cursus de perfectionnement sur la peinture du XVIIIe à Drouot, sans oublier quelques parties de chasse : il s’apprête à vivre un autre bonheur, celui d’une retraite bien occupée.
Venu des Andelys, Me Lucas-Leclin s’est associé à l’étude de notaires Dubois père et fils en 1988. « Chaque jour, je suis allé travailler heureux, content de retrouver mes associés. Avec l’étude, nous avons accompagné le développement du Mantois », confie-t-il.
L’art du notaire
Bien sûr, en trente-sept ans de carrière, François Lucas-Leclin a vu évoluer la société : « Autrefois, le divorce était une faveur. Désormais, c’est un droit. Depuis la réforme de 2003, il est totalement banalisé. On défait une union comme on la fait. Les divorces continuent d’augmenter. »
Il a observé la nature humaine sous toutes ces facettes, les bonnes et les moins bonnes : « On voit parfois se déchaîner la passion, le manque de tolérance. Les gens oublient l’essentiel, les enfants, la famille. Dans ces cas-là, l’art du notaire est de faire parler la raison, de calmer le jeu. C’est l’art de la diplomatie. »
Autre vertu bien souvent nécessaire : tout entendre, tout voir et ne rien dire.
François Lucas-Leclin en a donc vu et entendu beaucoup d’histoire de familles : des gens qui se battaient pour des queues de cerises, de vieilles personnes que l’on croyait dans le dénuement et qui décédaient avec 10 millions de francs sur leur compte en banque, des testaments provoquant le scandale dans la famille, quantité d’anecdotes qui resteront à jamais dans le secret des dossiers.
La « campagne » de Russie
Passionné par sa profession, François Lucas-Leclin a été président de la chambre des notaires de l’Eure, vice-président des notaires de Haute-Normandie avant de prendre les rênes du conseil régional des notaires de la cour d’appel de Versailles (Yvelines, Val-d’Oise, Hauts-de-Seine, Eure-et-Loir).
À ce titre, il a participé à une aventure inoubliable : la mise en place du système notarial en Russie après la chute du mur de Berlin et l’éclatement du bloc soviétique. « Les notaires russes avaient passé leur vie à mettre des tampons sur des dossiers. Ils ne savaient pas ce qu’était le droit de propriété. J’ai été missionné par le ministère de la Justice et par le conseil supérieur des notaires pour mettre en place un notariat civil », raconte-t-il.
Ce n’était pas une mince affaire, d’autant que les Français étaient en concurrence avec les Américains, qui souhaitaient instaurer le droit anglo-saxon. « Nous avons finalement réussi à convaincre les Russes d’adopter le modèle du notariat latin utilisé par 120 pays dans le monde. Nous les avons aidés à créer une chambre des notaires et un cursus universitaire à Saint-Pétersbourg. C’était une expérience extraordinaire », conclut-il. Avant d’ajouter dans un éclat de rire : « Aujourd’hui, il se passe la même chose en Chine. Mais moi, je n’y vais pas ! » Cette fois François Lucas-Leclin a signé pour la retraite. C’est ferme et définitif. Parole de notaire !
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