Judo. Arif Osmani s'extrait du tatami mantais
Discrétion d’Arif Osmani : depuis le 19 avril, il ne préside plus le club de judo de l’ASM. On l’a appris par hasard deux mois plus tard, en l’appelant pour prendre des nouvelles de ses athlètes. Jean-Claude Le Brustiec, vice-président du club, a également quitté ses fonctions. Les deux dirigeants ne se reconnaissent plus dans le fonctionnement du club omnisports.
Claude Cécile
Le Courrier de Mantes
Publié le: 27 juin 2007
Page 35
Pour discret qu’il ait été, le retrait du président et entraîneur Arif Osmani pourrait avoir de grandes conséquences pour le club. Celui qui totalise « trente-quatre années de boutique » - il a été successivement jeune judoka, athlète de haut niveau puis entraîneur (bénévole), présidait l’ASM judo depuis quatre ans. Qui, en son absence, accueillera à Mantes cinq championnats des Yvelines par an ? Qui coachera l’élite du club dans les grands championnats ? Osmani tenait la baraque et il le faisait de manière charismatique. Il ne sera pas remplacé facilement.
La démission d’Osmani intervient le lendemain d’une réunion avec le bureau directeur de l’ASM, convoquée « suite à des difficultés récurrentes avec la section judo ». De quelles difficultés s’agit-il ? Au cours de cette réunion, on reproche en particulier à Osmani, à Le Brustiec et au trésorier Jean Questroy de ne pas toujours fournir en temps et en heure certaines pièces justificatives. « Je ne méconnais pas les obligations administratives », dit Arif Osmani. D’autant moins qu’il est directeur des sports et de la vie associative à la ville de Pontoise, après avoir occupé des fonctions proches à la communauté d’agglomération de Mantes-en-Yvelines puis à Vernouillet. Mais Osmani considère que le « volet administratif » a pris à l’ASM une importance disproportionnée, de nature à stériliser toute initiative, parce qu’il existerait à la tête de ce club une peur panique d’être pris en défaut sur le plan de la réglementation.
Jean-Claude Le Brustiec, qui était dirigeant depuis 1975, dit aussi avoir été découragé par l’évolution « hyperadministrative » du club omnisports. Le Brustiec était très attaché à l’action de prévention que menait le club au Val-Fourré : détection des jeunes judokas pendant le temps scolaire, activités après l’école, promotion de l’encadrement des enfants par de jeunes adultes issus du club. Mais cet aspect de prévention, qui tenait également à cœur à Arif Osmani, le club en aurait été progressivement dépossédé au profit d’une nouvelle structure, ASM insertion. « Quand l’ASM insertion a été créée, j’ai fondé dessus de grands espoirs. Mais j’ai vu ensuite que le judo n’y avait pas sa place. Comme parallèlement, nous avons perdu aussi la maîtrise de la gestion des salariés, que nous reste-t-il ? », s’interroge ce militant de la cause associative, qui répond : « À la limite, rédiger des projets et des bilans, ça suffirait pour être bien vu. »
L’étrange est que le secrétaire général de l’ASM, Pierre Nougarède, avait dans son rapport annuel en avril pointé précisément le risque d’une dérive bureaucratique, d’un juridisme tatillon qui découragerait les bénévoles. Pour Osmani, Le Brustiec et peut-être quelques autres aussi, sa prédiction s’est réalisée.
Il serait triste, tout de même, que des décennies de bénévolat se soldent par l’effacement silencieux de ceux qui ont fait de l’ASM le premier club de judo des Yvelines (avec 400 adhérents). Le président de l’ASM Francis Dumont a convoqué une assemblée générale du judo pour le 14 septembre.
Entraîneur depuis 20 ans
Les mérites d’Osmani sont connus, que viennent d’ailleurs de sanctionner une médaille d’argent du ministère de la Jeunesse et des Sports. Ces dernières années, l’entraîneur, dont la carrière d’athlète culmina peut-être avec sa participation au Tournoi de Paris avec l’équipe de France en 1991, a accompagné au plus haut niveau des judokas comme Ghizlane Ghazouani, Myriam Bouléoud, Nils Deret, Rachid Dahoub, Abderrahim Alaoui, notamment. Bien qu’il ait formé des sportifs de premier plan, l’entraîneur regrette d’ailleurs depuis longtemps « l’absence d’une stratégie pour le haut niveau à l’ASM ».
« Être tous les week-ends en compétition, cela m’a procuré un immense plaisir. Et je serai toujours licencié à l’ASM l’année prochaine », annonce-t-il.
Jean-Claude Le Brustiec se désole qu’Osmani n’ait pas reçu le moindre coup de fil du maire de Mantes-la-Jolie et de son adjoint aux sports, auxquels il avait adressé copie de sa lettre de démission.
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