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3 mois requis pour avoir filmé l'agression de la prof
Massire Touré, 19 ans, a comparu devant le tribunal de grande instance de Versailles mardi pour avoir filmé l’agression d’une enseignante du lycée Lavoisier à Porcheville l’an dernier. Il risque trois mois de prison ferme.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  20 juin 2007
Page 5 

Non-assistance à personne en danger et atteinte à l’intimité de la vie privée : voilà les deux chefs d’accusation pour lesquels comparaissait Massire Touré, 19 ans, de Mantes-la-Jolie au tribunal de grande instance de Versailles mardi. Ce procès du “happy slapping” a attiré bon nombre de journalistes. En particulier parce qu’il s’agit du premier procès dit de ce type. Mais la loi sur le happy slapping ayant été votée le 7 mars 2007 et n’étant pas rétroactive, elle ne peut s’appliquer lors de ce procès (voir encadré).

Rappel des faits : Le 24 avril 2006, une enseignante de 34 ans est agressée par un de ses élèves (Abdoullah Welle, qui a déjà été condamné à un an de prison ferme en mars). Massire Touré filme et enregistre la scène. Un troisième compère fait ensuite circuler les images sur Internet.

« Violence inouïe »

Paradoxe de l’affaire, la scène de violences a lieu pendant un cours de vie sociale. À la barre, le jeune prévenu n’en mène pas large. C’est la première fois qu’il se retrouve devant un tribunal, son casier judiciaire est vierge. Le juge lui demande : « Pourquoi avez-vous filmé la scène ? », « Je ne sais pas », répond le jeune homme, timide. « Au lieu de filmer, vous auriez dû lui porter secours mais vous ne l’avez pas fait », assène le juge. Massire Touré garde la tête baissée.

« Voyeurisme »

Massire Touré se confond en explications et en excuses envers l’enseignante qu’il tenait « en bonne estime », murmure-t-il. Sa voix est presque inaudible. « Je ne savais pas que ça enregistrait », bredouille-t-il. « Vous avez quand même laissé voyager ces images », enchaîne alors Me Cécile Flécheux. Elle évoque une scène d’« une violence inouïe » et une victime en « situation de péril ». Elle insiste sur les « zooms sur la victime » qui démontrent l’envie pour le vidéaste « d’aller voir de plus près parce que ça lui a paru intéressant. C’est du voyeurisme », martèle la partie civile. Elle termine sa plaidoirie en décrivant le film qui s’arrête sur « une femme prostrée, battue ».

Pour Me Sophie Gallais, avocate de Massire Touré, « ce n’est pas un cas de happy slapping. Quand le film commence, l’action est en cours. Il n’y a donc pas préméditation », estime-t-elle.

Le film dure treize secondes. « Treize secondes c’est très court. Les sept autres élèves présents dans la salle étaient absorbés par la scène, de stupeur. Personne n’a réagi pendant ces treize secondes. Ce qu’on lui reproche, c’est de ne pas être intervenu avant les autres. » Elle conclut sur la personnalité de son client, un jeune homme qui « coopère avec la justice », prêt à « assumer ses responsabilités », mais aussi son « avenir ».

Le verdict sera rendu le 27 juin. Douze mois de prison dont neuf avec sursis ont été requis contre lui.

Des images qui coûtent cher

Le fait de filmer ou de photographier des actes de violence est désormais un délit. C’est l’une des nouveautés inscrites dans la loi sur la prévention de la délinquance, entrée en vigueur le 7 mars 2007. Les faits concernant l’agression de l’enseignante du lycée Lavoisier se sont produits en avril 2006. la loi n’étant pas rétroactive, Massire Touré a donc été jugé selon l’ancienne loi. Une chance pour lui puisque la diffusion de telles images est passible désormais de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. L’Education nationale recenserait un cas par semaine de happy slapping.


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