Alexandre Bustillo a travaillé comme projectionniste au Mega CGR de Mantes-la-Jolie. Un chouïa d’émotion devrait donc le saisir vendredi lorsqu’il se présentera dans la salle qui va projeter son film sur grand écran. « Je ne sais pas… On verra », répond-il doucement à l’évocation de cette idée.
À 31 ans, il a passé plus de la moitié de sa vie à Mantes, vivant en face de l’ancien cinéma Domino, « où j’étais devenu pote avec les projectionnistes et les patrons », ce qui lui a permis de développer son goût pour le septième art. Élève au collège Jules-Ferry puis au lycée Saint-Exupéry, il a étudié le cinéma à la fac de Saint-Denis. « Les écoles à 40 000 francs, ce n’était pas pour moi. Saint-Denis avait une bonne réputation », explique-t-il. Fasciné par les films d’horreur « depuis l’âge de cinq ans », il a vu tous les classiques du genre. « "Massacre à la tronçonneuse", "L’Enfer des zombies"… Je me débrouillais pour les voir en cachette, caché dans les escaliers comme pour "Les Oiseaux" d’Hitchock, ou avec le magnétoscope d’un cousin. À 16 ou 17 ans, je me suis mis à écrire des scénarios. J’en ai écrit un paquet que j’envoyais partout. Je ne me suis jamais offusqué des réponses négatives mais, un jour, au lieu d’essayer de trouver un producteur, j’ai cherché un agent. »
Dalle et Paradis
Il écrivait déjà des piges pour un magazine spécialisé, « Mad Movies », lorsqu’il a rencontré Lionel Amant, un ex-dirigeant de M6. Bilan ? « Un an après, le film était monté. » Et Alexandre Bustillo avait fait connaissance avec Julien Maury, l’autre coréalisateur de « A l’intérieur ». « On est devenu potes en vingt-quatre heures. On partageait la même passion et, humainement, ça a suivi. »
En septembre 2005, la première version du film est revue et corrigée : l’histoire du tueur qui se nourrit du placenta de femme enceinte est abandonnée au profit d’une fiction en trois actes : Sarah, jouée par Alysson Paradis, vient de perdre son mari dont elle attend un enfant. Elle est seule chez elle, dans une maison isolée, lorsqu’elle se fait attaquer par La Femme, jouée par Béatrice Dalle, qui veut un enfant à tout prix et est prête à l’extraire du ventre de sa victime elle-même. L’horreur ! Le film fait d’ailleurs l’objet de sévères critiques.
« "Les Inrockuptibles" nous ont démontés, sourit Alexandre Bustillo. Mais c’est le jeu, j’ai moi-même été critique alors je ne vais pas me plaindre. On nous a dit qu’on allait loin mais on ne pensait pas que la réalité dépasserait la fiction lorsqu’on a découvert deux faits divers similaires au moment du tournage, aux États-Unis et au Japon. Finalement, on ne sera jamais plus trash que la réalité. »
Pour les amateurs, mais pas les moins de 16 ans, le film est à découvrir vendredi soir en compagnie des deux réalisateurs.




