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Un mois d'occupations d'appartements. La présidente de Survivre placée deux fois en garde à vue
Cela fait un mois que l’association Survivre, dirigée par Sanaa Alioui, squatte une dizaine d’appartements à la Vigne-Blanche et aux Musiciens. À tout le moins, Survivre ne désarme pas, en dépit de péripéties récentes. La Ville suit de près le sort des familles relogées illégalement mais refuse d’entrer dans cette « logique de pression », et continue de dénoncer des pratiques délictueuses.


Frédéric Antoine

Le Courrier de Mantes
Publié le:  20 juin 2007
Page 32 

Depuis un mois, l’association occupe illégalement une dizaine d’appartements qu’elle a attribués à des familles en attente de logement. Jusqu’à ces jours derniers, Survivre agissait seule ou quasiment. « Un collectif de soutien s’est récemment créé », déclare désormais Sanaa Alioui la présidente de l’association. Opportunément, le Forum social des Mureaux Val-de-Seine a sorti un communiqué ce week-end dénonçant le refus de la Ville et des bailleurs sociaux de répondre aux familles qui expriment le « besoin vital d’un toit pour vivre décemment ».

Au temps des Don Quichotte

À l’automne 2006, Sanaa Alioui, 21 ans, crée son association avec des amies et décide de se jeter à corps perdu dans le combat pour les sans-logis. Son sens de l’engagement ne tolère aucune limite puisqu’elle abandonne même son travail d’opératrice en télémarketing en novembre. On retrouve ensuite la jeune militante de janvier à avril sur les bords du canal Saint-Martin à Paris, autour du campement de SDF organisé par les Enfants de Don Quichotte. Sanaa n’a pas froid aux yeux, et au printemps, elle prend la direction du campement quand Augustin Legrand considère qu’il est temps, au contraire, de lever le camp… L’expérience du canal Saint-Martin sera son baptême du feu, une sorte de « tremplin », pour devenir une pasionaria des mal-logés de banlieue.

Depuis le début de son action, Survivre annonce une trentaine de personnes logées illégalement dans une dizaine d’appartements vacants appartenant aux bailleurs sociaux Osica et Opievoy, dans les quartiers de la Vigne-Blanche et des Musiciens principalement. Les bailleurs ont aussitôt entamé des procédures d’expulsion. La mairie a de son côté condamné ces occupations sauvages en estimant qu’elles pénalisaient ceux à qui les logements étaient prioritairement attribués (lire notre encadré).

Garde à vue

Par voie de conséquence, après les plaintes, Survivre a fait l’objet d’une procédure judiciaire, le parquet ordonnant une enquête. Et les pressions commencent à se faire plus fortes sur la présidente de l’association. Jeudi dernier, Sanaa Alioui a été placée dix heures en garde à vue au commissariat des Mureaux, puis à nouveau vingt-quatre heures de samedi soir à dimanche soir dernier. Selon un officier de police du commissariat, la première garde à vue était justifiée pour des faits de “dégradations de portes d’appartements”, « Sanaa Alioui ayant été vue au moment des faits et reconnaissant avoir été sur place », explique le policier. La procédure a été transmise au parquet. En revanche ce week-end, les policiers des Mureaux ont reproché un outrage à la militante de Survivre. Elle s’était présentée au commissariat pour déposer une main courante avec une personne occupant illégalement un appartement. « Elle a été très désagréable avec les personnes de l’accueil », déclare le même policier. Sanaa Alioui devra donc se rendre à une convocation devant le tribunal pour quelques mots de travers. Le commissariat de police poursuivant de son côté ses investigations pour interpeller les auteurs des ouvertures des appartements, l’action de Survivre semble prendre un mauvais tour…

Témoignages

Dans l’appartement squatté de la tour Molière (propriété du bailleur Osica), la vie suit son cours depuis plusieurs semaines, presque normalement… C’est là que se retrouvent les familles en grande difficulté, des femmes avec enfants qui ont vécu trop longtemps l’humiliation de l’hébergement « chez des amis », ou « dans la famille ». Parmi elles, une jeune mère de 20 ans, elle cherche un appartement depuis trois ans et est contrainte de vivre chez ses parents avec un enfant de quatre ans. « On m’a fait une seule proposition d’appartement il y a cinq mois, mais c’était un F2. J’ai même essayé de rentrer dans un appartement, mais il a été refermé le lendemain et la porte soudée », raconte-t-elle. Cette autre mère de famille, avec son jeune fils qui court autour d’elle, confie elle aussi ses difficultés quotidiennes : « Je dois me débrouiller pour dormir chez les gens, manger chez les gens… »

La municipalité : « Rester dans le cadre légal »

En pleine crise liée à l’affaire Survivre, la municipalité rappelle fermement qu’elle n’acceptera pas des « occupations illégales de logements ». Depuis le samedi 9 juin, le jour de l’occupation de la mairie par les militants de Survivre, Michel Vignier adjoint au maire coordonne la cellule de crise. « Le maire a reçu une délégation de sept personnes et a écouté leurs doléances. Il s’est engagé à voir au cas par cas les dossiers de la vingtaine de personnes qui manifestaient, et notamment les personnes en situation d’urgence. Néanmoins, parmi eux, certains ont déjà eu un logement. D’autres sont mineurs, et nous avons rappelé aux parents leurs devoirs légaux. Par ailleurs, une liste de demandeurs de logements devait être donnée par l’association, elle ne l’a toujours pas déposée à la mairie, nous l’attendons », poursuit l’élu des Mureaux. La Ville ne nie pas qu’il y ait un problème de lenteur dans l’attribution des appartements, mais elle insiste sur le fait qu’on ne puisse « sortir du cadre légal » et répète son souci de « protéger les habitants des Mureaux ». Le Ccas, en lien avec l’espace territorial (Dasdy), devrait se saisir rapidement des cas des familles aidées par Survivre. Une réunion devrait se tenir prochainement associant la Ville, les bailleurs (qui ont seuls le pouvoir d’attribution de logements) et la préfecture.

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