Quatre chiffres définissent les contours politiques des Yvelines, au lendemain de ce premier tour des législatives : 6, 46, 18 et 60.
Six, c’est le nombre de députés élus dès le premier tour. Une singularité, lorsqu’on sait que l’on n'en compte que 110 sur toute la France. En 2002, seul Pierre Lequiller avait eu cette chance dans la 4e circonscription. Aujourd’hui, il est même devancé par Valérie Pécresse, auréolée de son prestige ministériel, qui avec 54,80 % arrive en tête des élus UMP des Yvelines devant le même Pierre Lequiller, Pierre Morange dans la 6e, Henri Cuq dans la 9e, Jacques Myard dans la 5e, et Christian Blanc (3e) seul à ne pas appartenir à l’UMP, mais investi par le parti de Nicolas Sarkozy.
46. Très exactement 46,35 %, c’est le score de la formation néogaulliste dans les Yvelines. La vague bleue s’est transformée en déferlante. Pas une circonscription ne lui échappe, et tous ses candidats sont largement en tête. Les plus mal placés, si l’on ose dire, Jacques Masdeu-Arus et Pierre Bédier, ont dépassé les 41 %, et distancent leur premier adversaire de 17 à 18 points, en ayant, respectivement face à eux 15 et 18 candidats !
Ajoutés à ce score fleuve, les 10,86 % obtenus par les candidats de l’UDF ne font que confirmer l’ancrage politique du département. En clair, les candidats de l’UMP en ballottage au deuxième tour n’ont pas beaucoup de souci à se faire, et le grand chelem de 2002 risque fort de se reproduire.
Le PS mal en point
Avec 18,10 % des suffrages, le PS a de quoi faire la tête. Six points de moins que le résultat de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle. Paradoxalement, alors que sa candidature était contestée au sein même du PS et avait fait l’objet d’une polémique avec le maire socialiste de Trappes, Safia Otokoré réalise le meilleur résultat chez les socialistes dans la 11e circonscription, même si ses 27,24 % ne lui laissent que peu d’espoir de l’emporter. Car, contrairement au premier tour de la présidentielle, l’électorat des quartiers populaires s’est peu mobilisé, estimant sans doute que les jeux étaient faits. On le voit dans la 11e circonscription, la 8e, la 9e et la 12e, où la participation n’atteint même pas les 60 %. C’est encore pire dans les cités de Mantes-la-Jolie ou de Trappes.
Démobilisation
Une faible mobilisation qui a fait tomber à 60,57 % le chiffre de la participation dans le département, alors qu’elle s’établissait à 66,89 % au premier tour, en 2002, qui n’était pas non plus une grande année électorale. Lorsque Patrick Malivet, le secrétaire fédéral du PS, nous avait confié qu’il redoutait que le PS ait « relancé la machine à perdre » en affichant ses divisions, il ne croyait pas si bien dire. En fait, faute de carburant, et d’électeurs, la machine socialiste n’a surtout pas démarré. Et ceux qui misaient sur une capitalisation du vote “anti-sarko”, comme à Mantes-la-Jolie, à Chanteloup, à Sartrouville ou à Trappes, se sont retrouvés Gros Jean comme devant. La personnalité des élus, leur ancrage local, comme pour Pierre Bédier dans la 8e, ou Pierre Cardo, député-maire de Chanteloup, dans la 7e, ont nettement joué en leur faveur. La preuve : il ne manquait que 0,5 % à ce dernier pour être réélu au premier tour, alors que dans sa ville, le score du président de la République avait été très mauvais.
Un PC groupusculaire
Si cette élection est une défaite pour les socialistes, chez les communistes, c’est carrément la Bérézina : 3,02 % ! Seuls Alain Outreman dans la 5e, et Jacques Saint-Amaux, dans la 8e, avec 7,85 % et 11,27 %, sauvent l’honneur. Ils ont su tirer parti de leur mandat de maire d’Achères et de Limay, et dans le cas de Jacques Saint-Amaux, du front antilibéral, écolo et altermondialiste qu’il a su fédérer autour de lui localement. Un petit réservoir de voix dont devrait profiter la candidate socialiste Françoise Descamps au second tour.
Au MoDem, ce n’est pas non plus la joie. On est loin des 21,86 % de François Bayrou au premier tour du 22 avril. Mais les 10,86 % récoltés par les candidats centristes cachent bien des disparités. Rien à voir entre les scores de Valérie Ohannessian, à Versailles, et celui d’Aziz Senni à Mantes.
MoDem mal connecté
Visiblement, la greffe n’a pas pris dans les circonscriptions marquées par le traditionnel affrontement “droite-gauche”, si critiqué par François Bayrou, dont l’UDF était habituellement absente. Les tentatives d’implantation « ex nihilo » n’ont pas fonctionné, à l’exception de Richard Bertrand dans la 12e, qui n’a pas à rougir de ses 12,63 %, dans un contexte, il est vrai, particulier où les querelles politiques ont pris parfois un tour très passionnel.
Le grand perdant est sans conteste le FN. Il tombe à 3,92, alors qu’il avait obtenu 10,05 % des suffrages en 2002, et qu’il dépassait souvent les 15 %. On ne manquera pas de décortiquer cette perte d’influence : récupération des thèmes frontistes par Nicolas Sarkozy ou affaiblissement dû à l’âge de Jean-Marie Le Pen, plus en mesure d’incarner ces idées ? Toujours est-il qu’à 1,66 euro la voix perdue, les finances, et donc les moyens du FN, vont s’en ressentir.




