Devant « l’immobilisme » du rectorat de Versailles dénoncé par certains enseignants, les parents de la FCPE et une grande majorité des professeurs ont décidé de bloquer l’entrée du lycée vendredi dernier (69 enseignants se sont prononcés pour le blocage sur une centaine au total). Les parents de l’association autonome ont préféré, eux, ne pas soutenir un blocage. Dans cet établissement qui accueille 1 000 élèves de la région, et principalement des Mureaux, la privation de 74 heures d’enseignement à la rentrée prochaine va obliger à remettre en cause une certaine philosophie de l’accompagnement scolaire dans les quartiers populaires.
« Poussés dans leurs retranchements »
« Nous serons obligés pour la deuxième année consécutive de supprimer une classe de seconde. Le rectorat nous demande aussi de faire redoubler moins d’élèves, quitte à laisser passer en première des élèves n’ayant pas acquis les bases nécessaires. Le lycée ne reçoit plus aucun moyen pour faire des heures de soutien ou mettre en place des projets pédagogiques qui aidaient jusque-là les élèves les plus en difficulté », rappellent les enseignants et les parents engagés dans ce bras de fer.
Vendredi, ils étaient une bonne trentaine, parents et profs, très tôt, devant les grilles cadenassées, avec leurs banderoles, pour défendre un enseignement de qualité. Les élèves avaient été prévenus le mercredi précédant. Les cours n’ont pas eu lieu.
Samedi matin, les parents étaient conviés à un temps d’information devant les grilles du lycée fermé. Vu le contexte de tension, le proviseur a préféré annuler la journée de solidarité prévue.
Communications à la population, actions de lobbying sur le rectorat, annulation des conseils de classes et des oraux blancs du bac au second trimestre, les enseignants et les parents de François-Villon sont très mobilisés depuis plusieurs mois.
Reçus en mars à l’inspection académique, ils ont regretté les réponses qu’on leur a données, et ont eu le sentiment d’avoir été poussés dans leurs retranchements. « Les réponses qui nous ont été données sont choquantes et illustrent un grand cynisme », rapporte une enseignante d’anglais. « On nous a dit par exemple que la fuite des élèves vers les lycées privés n’était pas si grave, car le secteur privé est, selon l’inspection académique, la “continuité du service public” ! On nous a dit aussi que pour récupérer un volet d’heures, il fallait supprimer les options ! ».
« En fait, on nous demande de travailler à flux tendu comme dans les entreprises », ironise Mylène Mayor la conseillère principale d’éducation de Villon. Elle croit que les classes de seconde risquent de pâtir en premier de ces coupes budgétaires. « C’est pourtant le niveau sur lequel il faut mettre le paquet », souligne la CPE. « C’est important, car la seconde est une classe charnière… », renchérit une de ses collègues. « Par rapport aux années précédentes, on sent que les élèves de seconde qui arrivent se découragent plus vite, ont plus de mal à y arriver », témoigne encore Laurence Chatel, professeure d’anglais. « Paradoxalement, on nous conseille de supprimer des options. Alors qu’il y a de la demande pour faire du grec. Voilà ce qui fait avancer un lycée ! », estime aussi cette dernière.
Dans l’amertume générale, c’était sans doute la tonalité ce vendredi, il demeurait une interrogation sur le déroulement du baccalauréat 2007. Beaucoup de professeurs ne veulent s’y résoudre, mais ils ne s’interdisent pas de menacer le bon déroulement de l’examen si les autorités de tutelle n’entendent pas l’appel au secours des lycées de banlieue (le lycée Saint-Exupéry est dans une situation plus grave à Mantes-la-Jolie). Des préavis de grève ont déjà été déposés les jours des épreuves générales.
Samedi matin, les parents d’élèves ont aussi exprimé leur inquiétude relative aux heures de cours manquées si le mouvement devait durer. Parents d’élèves et professeurs espèrent obtenir le soutien des élus des communes rattachées au lycée François-Villon.
Frédéric Antoine
(avec C. B.)




