Non, ce n’est pas l’effet d’un soleil estival trop précoce. C’est une réalité. Dans le Vexin comme sur le plateau agricole du Sud Mantois, on voit jaune. D’année en année les champs de colza gagnent du terrain dans la campagne. Information confirmée par la chambre d’agriculture basée au Chesnay.
25 % de colza en plus
Globalement, les superficies consacrées au colza ont augmenté de 25 à 30 % en Ile-de-France des deux dernières années et les Yvelines n’échappent pas à la règle. L’intérêt pour les biocarburants comme débouché pour l’agriculture commence clairement à se faire sentir. Premier élément : de 53 808 ha de colza cultivés en Ile-de-France en 2004, on est passé à 66 893 ha en 2006. Deuxième élément : la part de la récolte de colza consacrée au diester a grimpé d’un dixième de la production à un tiers en deux ans (le reste étant consacré à l’huile alimentaire).
Dans sa ferme de Jouy-Mauvoison, Jean-Luc Cresté n’a pas attendu la fin annoncée du tout pétrole pour s’intéresser à la production de colza pour le diester. « Cela fait une quinzaine d’années, que j’en fais. Les gens croient que c’est tout nouveau. En fait, ils roulent au diester depuis longtemps sans le savoir », commente-t-il un brin amusé. Bien sûr, la quantité de diester dans le gazole est très faible : aujourd’hui, aux environs de 2 %. Demain, elle sera plus importante. L’objectif de la France est d’arriver à à 7 % en 2010 et 10 % d’ici à 2015.
Sur les 150 ha de l’exploitation qu’il a créée en 1991, 32 ha sont dédiés au colza dont 6 pour la production de diester.
Les graines collectées par la coopérative Sévépi sont transformées en diester dans une usine près de Rouen. Jean-Luc Cresté a choisi de produire le colza pour le biocarburant sur ses jachères tout en conservant 10 % de ses terres au repos comme l’exige la PAC (politique agricole commune). « J’ai toujours plus de 10 % de ma ferme en jachère », assure-t-il. Une façon à mieux gérer l’assolement (NDLR : la rotation des cultures sur un même champ) et de faire une agriculture plus respectueuse de l’environnement.
Biocarburant, un terme usurpé ?
On parle désormais d’or vert et de biocarburant, mais le diester est-il si bio que cela ? « C’est une culture assez délicate mais qui accepte les terres de moyenne qualité. La graine est semée entre le 20 août et le 1er septembre. La culture est déjà très développée avant l’hiver, ses racines sont donc capables de puiser la nourriture profondément dans la terre et donc de capter les nitrates », explique Jean-Luc Cresté.
Il sait « que la terre est un élément avec lequel on ne peut pas jouer ». Pour limiter l’impact des engrais, il plante de la moutarde, véritable piège à nitrates. Pour réduire au minimum les pesticides, ils surveillent ses champs minutieusement, installe des pièges à insectes et ne traite que si les populations d’indésirables sont trop importantes. Cependant le colza qui finira dans votre moteur aura subi les mêmes traitements agricoles que celui qui accompagnera votre salade. « Si, j’ai un rendement de 30 quintaux à l’hectare pour le colza alimentaire, je dois obligatoirement fournir le même tonnage pour le colza industriel. C’est la CEE qui l’impose », explique Jean-Luc Cresté. Impossible donc de lever le pied sur les intrants. Parler de biocarburant pour le diester est donc un raccourci un peu rapide même qui sont bilan énergique est bien supérieur à celui du pétrole et qu’il émet moins de rejets polluants.
Des océans de colza ?
« 6 à 8 % de diester dans le gazole, c’est bien. C’est autant de pétrole en moins brûlé dans l’atmosphère. Mais de là à faire rouler tout le monde au colza, il y a un monde. On a calculé que pour assurer les besoins mondiaux les terres et les océans couverts de champs de colza n’y suffirait pas ! », explique notre agriculteur
Pas question de s’orienter vers une monoculture dangereuse : « Il ne faut pas plus de 20 à 25 % de colza par exploitation. les biocarburants, le diester comme le bioéthanol, cela ne peut rester que des niches. La réponse à la fin des énergies fossiles ne peut être que très diversifiée », affirme-t-il.
N’empêche, l’or vert constitue une promesse d’avenir pour les exploitants. La chambre d’agriculture estime que pour répondre à la volonté du gouvernement dans ce domaine, l’Ile-de-France devra mobiliser les 41 625 hectares en jachères et réorienter 20 à 30 % de la production destinée à l’exportation de colza alimentaires vers le marché national du diester.
Les vagues jaunes n’ont donc pas fini de déferler sur nos champs.




