Les derniers fournisseurs sont en retard. Janusz Kurbiel avait prévu de partir depuis plusieurs jours déjà. Impassible, il continue de bichonner “Vagabond’elle”, un voilier de quinze mètres en acajou qui mouille au port de l’Îlon, hameau de Sandrancourt à Saint-Martin-la-Garenne. C’est le cinquième bateau de la série des Vagabonds. Avec sa femme, Joëlle, Janusz a construit le premier en 1975. Première expédition en Islande en 1976 et premier record de latitude en 1977 au Groënland Ouest (78°37’N). Leur dernier record date de 1991, lors d’une expédition au Svalbard (82°02’N).
« On a dû faire plus d’un tiers de tour du Monde », confie Joëlle. Avec Janusz, Franco-Polonais arrivé en France à l’âge de 26 ans - « avec cinq euros en poche, c’était il y a plus de 30 ans », se souvient-il - ils ont été les premiers à utiliser un petit voilier d’exploration spécialement conçu pour servir de support logistique à leurs expéditions scientifiques. Ils se placent « dans l’esprit des grands explorateurs mais avec les moyens technologiques les plus performants de notre époque ». Ils travaillent avec Imerpol (institut des mers polaires), une association de recherche sur le climat, l’océan, la botanique et la pollution physique du globe. Les passionnés d’aventure ont aussi pu les voir dans quelques reportages diffusés à la télé (Thalassa sur France 3 ou Ushaïa sur TF1).
Année polaire internationale
Cette année, ils participent, comme beaucoup de scientifiques, à la quatrième année polaire internationale, un événement qui n’a eu lieu que trois fois en 125 ans et qui consiste à mener une intense campagne de recherche coordonnée à l’échelon international. « Finalement, on ne sait pas grand-chose du rôle de l’Arctique ou de l’Antarctique », confie Janusz. Son expédition doit contribuer à l’étude internationale sur le rôle des pôles « dans le contexte planétaire afin de mieux comprendre les processus polaires et développer de nouveaux systèmes d’observation ou améliorer les systèmes existants ». « Les images satellites, par exemple, permettent d’observer la surface des glaces mais on ne connaît pas leur volume », ajoute Janusz, diplômé d’un doctorat en climatologie polaire obtenu à La Sorbonne en 1996.
Basé au Canada, en Pologne ou en France selon les destinations choisies, le couple est installé au port de l’Îlon depuis 2002. « Nous connaissions le gérant du port, un ami depuis de longues années. Nous sommes venus ici pour la proximité avec Paris. C’est bien plus pratique pour les relations avec les fournisseurs et les partenaires. D’autant qu’il a fallu reconstruire complètement le bateau. Et puis, l’endroit est magnifique. Nos visiteurs sont toujours étonnés en arrivant. À chaque fois, ils nous disent : « On ne savait pas qu’il pouvait exister un tel océan de verdure juste en face de Mantes-la-Jolie ». Quand on voit l’encombrement des ports en France, on se dit que Port de l’Îlon pourrait devenir un site merveilleux. Bien sûr, il faudrait investir… », raconte le couple.
Leur dernière expédition date de 2005, sur la côte Est du Groënland. Ils ne montrent pourtant aucune impatience à prendre la route de la mer. Une telle aventure nécessite plutôt de la précision.
Vendredi, si tout va bien, “Vagabond’elle” sortira du port de l’Îlon, équipé des derniers outils technologiques. Ils rejoindront Lorient pour les derniers réglages et leur voile les portera vers le Grand Nord, où ils veulent récolter pour analyse des échantillons de mousse et de lichens dans des régions non touchées par la présence humaine. L’objectif est de dresser un « atlas de la pollution actuelle » dans ces régions grâce à ces plantes qui ont la propriété de retenir certains éléments polluants présents dans l’air. Joëlle et Janusz Kurbiel veulent étudier « les conditions du transport aérien de cette pollution et mesurer son accumulation dans les plantes ». Leur retour est prévu en octobre mais déjà une autre expédition se prépare au printemps prochain.
Un bateau écolo
Imerpol a inventé un concept de « bateau propre » en mettant en œuvre un « système global associant économies d’énergie et installations amicales pour l’environnement ». La consommation de gazole est ainsi réduite de 40 à 60 %, le coût d’exploitation divisé par trois, la pollution réduite de 60 %, la maintenance plus faible et le bateau gagne en fiabilité et longévité. « Faire des économies tout en polluant moins la planète, c’est le défi de tous pour demain y compris dans le domaine maritime », résume Imerpol.
Vagabond’elle :
Longueur de la coque : 14,47 m. Largeur : 3,80 m. Tirant d’eau : 2,40 m. Vagabond’elle est équipé d’un moteur diesel de 50 CV (1 800 miles d’autonomie), d’une voilure de 80 m2, d’un groupe électrogène, de panneaux solaires et d’une éolienne.
À signaler : La ville de Mantes-la-Jolie, par l’intermédiaire du maire adjoint chargé de l’environnement, Arnaud Dalbis, a sollicité le couple Kurbiel pour que les écoles suivent l’aventure des explorateurs.
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