La course au parrainage a défrayé la chronique. Jusqu’à la dernière minute, les petits candidats ont fait la chasse aux signatures. Comme en 2002, Jean-Marie Le Pen a largement participé au battage médiatique autour du sujet. La semaine dernière, les noms des “grands électeurs” maires, conseillers généraux, régionaux, parlementaires, qui ont accepté de donner leur caution aux candidats ont été publiés au Journal officiel.
Rappel historique : le système des parrainages a été mis en place en 1962 en même temps que fut instaurée l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Il s’agissait de prévenir les candidatures fantaisistes par un filtrage. Au départ, les prétendants à la fonction suprême devait présenter 100 signatures de citoyens porteurs d’un mandat électif émanent d’au moins dix départements différents. Les élections de1965, 1969 et 1974 a fait apparaître la nécessité de renforcer le « filtrage ».
En 1976, le nombre d’élus signataires est donc passé de 100 à 500 provenant d’au moins trente départements différents. C’est également en 1976 que les modalités de publications des noms des “parrains” ont été fixées. Dès 1974, estimant que « la présentation d’un candidat à l’élection du président de la République est un acte politique grave », le Conseil constitutionnel avait demandé « de rendre publique, pour chaque candidat, la liste des auteurs de présentation ».
Contre son avis, il fut alors décidé de ne publier pour chaque candidat que les 500 noms nécessaires, choisis par tirage au sort.
A l’issue du scrutin de 2002, les “sages” sont revenus à la charge considérant qu’il était « essentiel que soit rendue publique, pour chaque personnalité présentée, la liste intégrale de ses présentateurs ». « Conforme à l’égalité entre élus qui présentent un candidat comme à la transparence de la vie démocratique, cette publicité serait matériellement facilitée par l’usage d’Internet », expliquaient-ils. Mais le Parlement a dit “niet”.
Ils ont signé, mais ne sont pas sur les listes
Si pour les “petits candidats” qui rassemblent les 500 noms et guère plus, la publication correspond à la réalité de leurs soutiens en revanche pour les gros, c’est tout différent : François Bayrou, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy en ont présenté chacun des milliers qui ne figurent pas tout simplement parce qu’ils n’ont pas été tirés au sort.
Dans la région, c’est le cas à gauche où Annette Peulvast (Mantes-la-Ville), Françoise Descamps Crosnier (Rosny) Guy Poirier (Meulan), entre autres ont tout naturellement signé pour Ségolène Royal sans pour autant figurer sur les listes : « Il était essentiel de signer pour ma famille politique. La loi est peut-être mal faite. On a beau dire qu’un parrainage n’est pas un vote, la signature qu’on le veuille ou non est un symbole d’engagement aux yeux des électeurs », estime Annette Peulvast. « Quand on adhère à un parti on ne respecte les règles », ajoute Guy Poirier. « Le terme de parrainage est usurpé. Il ne s’agit pas d’un soutien, encore moins d’un vote, mais d’un acte républicain et démocratique », nuance Françoise Descamps Crosnier qui cite Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »
A droite parmi les signatures pour Nicolas Sakozy n’ayant pas été tirées au sort, on trouve celle du sénateur-maire Dominique Braye : « C’est mon devoir de signer pour le candidat de mon parti. Je le fais d’autant plus facilement que je suis en parfait accord de François Fillon. » Signatures aussi, mais plus par discipline de parti que par adhésion profonde pour François Bony, le maire d’Aubergenville, et Michel Vialay celui de Mantes-la-Jolie qui précisent tous les deux qu’ils sont de « fidèles chiraquiens » et qu’ils « restent dans la ligne » du président sortant.
Et puis, il y a les maires des communes plus petites, souvent non encartés et en général très sollicités. Exemple Julien Crespo à Vaux-sur-Seine qui n’a pas donné de parrainage « par respect pour la liste sur laquelle, j’ai été élu qui réunit des personnes de tendances et d’horizons très divers ».
La prochaine assemblée législative reverra-t-elle le système des parrainages très critiqué, notamment par l’association des maires de France qui demandent soit l’anonymat, soit le double parrainage ?
José Bové : signature de Pierre Souin, maire de Marcq.
Marie-George Buffet : signature de Jacques Saint-Amaux,
maire de Limay
Jean-Marie Le Pen : signature de Jean-Daniel Béguin, maire de Fontenay-Saint-Père
Gérard Schivardi : signature de Jean-Pierre Gouyette, maire de Cravent, Jacques Behot, maire Jouy-Mauvoisin, Jacques Guérin, maire de Gommecourt, Robert Valo, maire de Favrieux.
Philippe de Villiers :
signature de Jean Leroy, maire de Rosay.
Dominique Voynet :
signatures de François Garay, maire des Mureaux et de Jean Mallet, maire de Mézy.
Rappelons que les candidats des grosses formations politiques, François Bayrou (UDF), Ségolène Royal (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) ont rassemblé plusieurs milliers de signatures. Aucun des élus de l’arrondissement de Mantes qui leur avaient apporté leur parrainage ne figure sur les listes tirées au sort.
Ils s'expliquent
Ils ont parrainé Gérard Schivardi
Jacques Behot (Jouy-Mauvoisin) : « J’ai voulu rendre service à un ami mais j’ai un peu le sentiment de m’être fait rouler, d’avoir cédé à la pression. J’ai découvert ensuite que Gérard Schivardi était contre l’Europe et soutenu par le parti des travailleurs. On m’a mal présenté les choses. Il mène un combat d’arrière-garde, perdu depuis longtemps. Pourtant, il défend des idées sur la gestion des communes rurales que je partage. Il y a du bon dans l’intercommunalité mais on a tout de même l’impression que l’intérêt d’être élu dans une petite commune va disparaître. »
Jean-Pierre Gouyette (Cravent) : « J’ai reçu quelques demandes mais pas plus que ça. Il y a cinq ans, j’avais donné ma signature au parti des travailleurs (Daniel Gluckstein). J’ai à nouveau donné mon parrainage à un petit parti pour qu’il défende ses idées, même si ce ne sont pas forcément les miennes. »
Jacques Guérin (Gommecourt) : « J’ai un principe : c’est le devoir d’un maire de permettre aux petits candidats de pouvoir se présenter. Pourquoi Schivardi et pas un autre ? C’est le seul dont j’ai rencontré un représentant, le maire d’une commune rurale. Je n’aurais pas donné ma signature à Le Pen ou à un autre extrémiste. J’étais loin d’imaginer que Schivardi était soutenu par le parti des travailleurs. Je l’ai découvert après. Mais je ne crois pas qu’il soit un extrémiste. Je ne suis pas d’accord avec lui sur l’Europe mais je le rejoins sur les problèmes des petits maires ruraux auxquels l’Etat fait souvent des pieds de nez. Le maintien des services publics, de La Poste, sont des sujets importants pour nos petites communes. Je lui ai offert la possibilité de participer au débat démocratique et ça s’arrête là. Je n’ai pas rejoint son comité de soutien. »
Il a parrainé José Bové
Pierre Souin (Marcq) : « Le PRG (Parti Radical de Gauche), mon parti, a décidé de ne pas présenter Christiane Taubira pour soutenir Ségolène Royal. La candidate socialiste n’avait pas besoin de ma signature. J’ai choisi José Bové pour ses positions sur l’environnement - je suis pour qu’on teste les OGM dans des laboratoires plutôt qu’en plein champ - la défense des territoires ruraux et l’éducation. Bové est également contre le tout routier et c’est une position qui me sied notamment au sujet de la nouvelle voie de la Vallée de la Mauldre. »
Ils ont parrainé Dominique Voynet
Jean Mallet (Mézy) : « J’ai une sensibilité évidente pour l’écologie. Même si je ne suis pas encarté chez Les Verts, je partage beaucoup de leurs points de vue. Mais j’aime bien garder mon indépendance aussi (…) Je trouve que ce système de parrainage n’est plus très adapté. Certes, il faut limiter le nombre de candidatures. Il faurdait imaginer une forme de soutien populaire qui serait plus représentatif peut-être. Il y a aussi cette hypocrisie chez ceux qui ne veulent pas que leur nom soit affiché qui me pose problème. »
François Garay (Les Mureaux) : « J’ai parrainé Dominique Voynet parce que je pense qu’elle devait obtenir ses 500 signatures. Je suis aussi très en phase avec son programme. Les enjeux essentiels de notre temps sont écologiques. Je voterai cependant Ségolène Royal, la candidate du rassemblement à gauche, et je copréside d’ailleurs son comité de soutien dans le département. Je ne veux pas que Jean-Marie Le Pen soit présent au second tour de l’élection. Ce sont les forces républicaines laïques qui doivent être présentes au second tour. Et pour cela, il faut voter Ségolène Royal dès le premier tour. Aujourd’hui, le vote utile c’est au premier tour, avec un vote d’idée au second tour. C’est l’inverse ! »
Il a parrainé Jean-Marie Le Pen
Jean-Daniel Béguin (Fontenay-Saint-Père) : « Ce n’est pas parce que j’ai donné ma signature à Jean-Marie Le Pen que je le soutiens. Mais c’est le jeu de la démocratie. J’estime qu’un parti qui fait 15% aux élections a sa place comme les autres. J’ai été surpris de voir qu’il n’aurait peut-être pas le nombre suffisant de signatures. C’est pour cela que je lui ai donné la mienne. »
Il a parrainé Marie-Georges Buffet
Jacques Saint-Amaux (Limay) : « Je ne donne ma signature que si je crois en la personne. Il ne s’agit pas seulement de signer mais de soutenir un candidat. Je connais Marie-Georges Buffet et je connais son travail de ministre. Elle ne fait pas que parler, elle agit. C’est elle qui a fait en sorte que les districts amateurs de football touche une part des bénéfices de la coupe du monde quand elle était ministre de la Jeunesse et des Sports. C’est aussi elle qui a permis aux associatifs de s’approprier la politique. Elle a un excellent programme. je la sens capable. »




