Le projet semble en bonne voie. En décembre, le président (UMP) du conseil général Pierre Bédier confirmait le lancement d’une étude sur les possibilités d’amélioration de sa desserte et de son développement. Dans cette perspective, et plus largement celle de l’opération d’intérêt nationale (Oin), il est notamment question du déplacement de la halte péage de Buchelay.
Verrou
Les conclusions des études montrent, selon le projet de protocole de l’OIN que Le Courrier s’est procuré, que la localisation du péage et l’absence d’échangeur entre l’équipement de la Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN) et Bonnières provoque une saturation des accès et sorties de Mantes à l’autoroute A 13 ainsi que de la nationale 13 de Mantes à Rolleboise, en passant par Rosny.
Le document provisoire teste six hypothèses pour remédier au « verrou de Buchelay » (encadré ci-contre). D’office, quatre sont écartées car elles ne ne répondent pas aux problèmes de congestions routières.
L’hypothèse 4 présente en revanche un « impact positif » en termes de recettes pour la SAPN « du fait d’une meilleure utilisation de l’autoroute » entre ces deux communes. Il signifie surtout un retour d’une « part significative » sur l’A13 du trafic qui évite aujourd’hui le péage. Un « impact négatif », peu détaillé, est toutefois ajouté : « Une partie du trafic en direction de Chauffour sort à Bonnières. »
Les évaluations du déplacement du péage et la création de l’échangeur amènent à des coûts techniques de 50 millions d’euros.
L’hypothèse 6, qui inclut un système d’abonnement, ne répond que « partiellement » aux objectifs, notamment au problème de saturation des échangeurs de Mantes. Elle émerge néanmoins du lot car « elle pourrait permettre le développement de l’ouest de l’agglomération mantaise à un coût limité. »
Le projet, calé d’ici la fin de l’année, doit être financièrement neutre pour la SAPN, filiale du groupe Sanef privatisé à l’automne 2005 dont la direction ne souhaite toujours pas s’exprimer sur le sujet.
L’argent est évidemment le cœur du problème et l’explication de la mise à l’écart du déplacement pur et simple du péage avec gratuité à Bonnières (hypothèse 5) : cette option « entraîne des pertes d’exploitation considérables qui rendent l’opération économique infaisable du fait d’un “shunt” (court-circuit) entre les échangeurs de Bonnières et Chaufour ».
A noter que le département comme les collectivités pourraient être amenés à mettre la main à la poche à travers les investissements et les éventuels abonnements.
Les hypothèses
1. élargissement des bretelles d’accès au demi-échangeur de Mantes ouest.
2. réalisation de voies parallèle à l’autoroute avec un passage supérieur.
3. déplacement « court » du péage et création d’un échangeur
4. déplacement du péage au-delà de Bonnières avec maintien d’un tarif payant à Bonnières au tarif kilométrique.
5. déplacement du péage au-delà de Bonnières avec gratuité de la sortie Bonnières.
6. création d’un échangeur sans déplacement du péage, avec système d’abonnement.
Le président du conseil général Pierre Bédier: "De l'impensable au possible"
Selon Pierre Bédier, pour qui l’hypothèse 4 semble la meilleure, un déplacement du péage est aujourd’hui du domaine du « possible », mais au prix d’une compensation des pertes de recettes générées par la halte aujourd’hui.
Les deux options qui émergent ne sont-elles pas de futures « usines à gaz » ?
Le transfert du péage est déjà une usine à gaz en soi : cela fait quarante ans qu’on le demande et quarante ans qu’il ne se passait rien. C’est bien parce qu’il s’agit d’un dossier compliqué.
On est dans deux dynamiques a minima qui permettent de développer l’ouest mantais et de simplifier la vie des habitants.
Quelle option a votre préférence ?
La meilleure est la plus compliquée, celle qui prévoit une barrière vers Bonnières avec une adaptation tarifaire. La SAPN ne peut l’accepter que si elle ne subit pas de pertes d’exploitations.
Le document évoque justement des « pertes d’exploitation considérables » si le péage était déplacé au-delà de Bonnières. Que disent les estimations ?
Ce qu’il faut retenir c’est qu’on va passer de ce qui semblait impensable au possible, dans le cadre de l’opération d’intérêt national, et qu’on va rendre ensuite ce qui est possible probable…
Mais sur les estimations…
La SAPN les a chiffrées mais nous n’en sommes qu’au début des négociations.
Cette hypothèse d’une halte vers Bonnières ne signifie-t-elle pas que les habitants de la région mantaise sont les principaux contributeurs du chiffre d’affaires du péage ?
Pas du tout ! Il ne faut pas raisonner sur une journée, mais sur l’ensemble du chiffre d’affaires d’une année.
Est-il impensable de déplacer le péage après Bonnières sans nouvelle halte ?
Il faut bien payer les pertes de recettes. Et le déplacement, ce ne sont ni l’Etat ni la SAPN qui le demandent.
La privatisation des concessions d’exploitation des autoroutes est-elle un handicap pour ces négociations ?
Cela ne change rien. Que les concessions soient publiques ou confiées à des sociétés privées, toute perte du chiffre d’affaires doit être compensée.
Et si le péage était déplacé à quelques kilomètres de Paris ?
De grâce ! On a déjà considérablement progressé. N’imaginons pas de revenir sur des hypothèses où on passerait à une barrière de péage à l’est ! Si un jour, il doit y en avoir une, ce sera la barrière générale sur tous les autoroutes franciliens autour de Paris. C’est un autre dossier, ne mélangeons pas tout. On règle les quarante années qui viennent de passer. Je ne prétends pas régler les quarante prochaines.
Rien n’est définitif, mais quel est désormais le calendrier de ce dossier ?
Pour passer du possible au probable, il faut encore une bonne année. Nous saurons alors si nous “faisons faire” et à quel prix.




