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José Bové : « La question de la démocratie est importante : il y a une vraie fracture entre les citoyens et la politique. » |
François Bayrou a récemment passé une journée à Mantes-la-Jolie. Vous y êtes resté deux jours. Qu’avez-vous voulu montrer ?
Nous avons fait le choix délibéré de décentraliser le QG de campagne pour être au plus près des gens, là où se jouent les problèmes principaux de l’avenir de ce pays, par rapport à la jeunesse, notamment. Il était important de montrer qu’il y a une autre manière de faire la campagne, qu’elle n’est pas que paillettes, qu’on vient faire un tour en banlieue et qu’on repart lorsque les télés ont fait leur boulot.
Que retenez-vous de cette banlieue justement ?
Que ce soit ici, à Vénissieux, à Vaulx-en-Velin, Marseille ou ailleurs, il y a beaucoup de souffrances, un besoin de respect. Il existe un sentiment de ne pas appartenir à la communauté nationale et d’être mis de côté, qu’il s’agisse des jeunes ou des anciens.
« Construire, reloger, démolir »
Comment pourriez-vous y répondre ?
C’est une question de dignité, d’abord. Tous les échos sont les mêmes : la seule présence de l’État dans ces quartiers, c’est la police. Bon, les policiers n’étaient pas là quand je suis arrivé au Val-Fourré…
On a aussi un environnement qui se dégrade. Je pense aux tours de logements. Il faut un moratoire à ces démolitions. Le discours tenu est « un logement détruit, un logement construit ». Dans la réalité, ça n’est pas ce qui se passe. Il faut d’abord construire pour reloger les gens et démolir ensuite… dans la concertation.
Vous bénéficiez d’une forme de sympathie dans l’opinion mais qui ne semble pas se traduire par des intentions de vote. Comment l’expliquez-vous ?
Ma candidature a été annoncée le 1er février. Jusqu’au 19 mars, beaucoup croyaient que je n’aurai pas mes parrainages. On démarre donc longtemps après tout le monde.
Je mets un coup de pied dans la fourmilière et crée une situation nouvelle : je veux montrer qu’on peut avoir une réflexion sociale, écologique et évoquer la question de la démocratie avec des gens de différents horizons. Bref, quelqu’un de la société civile, engagé dans un mouvement social, peut aussi entrer dans le combat électoral.
Au risque de créer des divisions, à gauche en l’occurrence, et un éparpillement des voix…
Je ne les ai pas créées. Nous avons travaillé depuis plus d’un an pour construire une unité. On a été victime du jeu des appareils. Et nous n’acceptons pas le diktat de ceux qui sont responsables de la division.
Commerces le dimanche
Sur quels thèmes va se gagner l’élection présidentielle, selon vous ?
La question de la démocratie est importante : il y a une vraie fracture entre les citoyens et la politique, une coupure entre ce que les gens vivent au quotidien et ceux qui sont censés les représenter.
Et le pouvoir d’achat ?
Nous sommes pour un SMIC à 1 500 euros brut immédiat. Dans les six mois qui suivent l’élection, il faut organiser un Grenelle des salaires avec une réunion tripartite pouvoir public, syndicats et organisations patronales. Là, on refixe les règles pour arriver aux 1 500 euros nets. En même temps, je propose un effort pour les minima sociaux : 300 euros supplémentaires et revalorisations des retraites…
avec de l’argent que vous prenez où ?
En terme de fiscalité, ces dix dernières années, on a globalement perdu 10 points de la richesse nationale, qui sont passés de la masse salariale à la rémunération des entreprises. Il y a nécessité à faire rebasculer ces dix points, ce qui représente environ 190 milliards d’euros. Il faut aussi réaffecter de façon différente les budgets des ministères.
Quels sont les ministères prioritaires ?
C’est l’éducation. Je diminue par deux le budget de la Défense. Il est aberrant de continuer le processus d’armement nucléaire qui est une folie gaullienne des années soixante.
Êtes-vous favorable à l’ouverture des commerces le dimanche ?
Je suis pour que les salariés disposent de deux jours de congés hebdomadaires. S’ils demandent à travailler le dimanche, c’est pour avoir plus d’argent à la fin du mois. Si on modifie la grille des salaires et qu’on permet aux gens d’avoir un revenu décent, je pense qu’on peut maintenir la fermeture des commerces le dimanche.
Petits auditoires aux meetings
Pendant sa visite, l’accueil réservé au candidat a été chaleureux, mais les participants aux meetings peu nombreux. Ambiance.
José Bové est arrivé sans se presser à Mantes-la-Jolie, vendredi, pour une visite de deux jours.
Rendez-vous est donné au Saint-Laurent à 14 heures, mais personne ne sait où est le candidat. Un militant passe une série de coups de fils. « Il est où, là ? Rue Saint-Vincent ? Mais on l’attend nous ! »
Apparemment, José Bové aurait besoin de « faire une sieste ». « Il était à Besançon hier et à 6 heures ce matin sur France Inter. Il n’a presque pas dormi », explique le militant.
« Bové, président ! »
José Bové arrive trente minutes plus tard, les yeux fatigués mais avec le sourire, et part à la rencontre des habitants sur le marché du Val Fourré, au son des « Bové, président ! ». Il s’arrête, serre des mains et entre saluer les habitants dans un café turc. Mohamed Hellaoi de Limay est content de le voir mais pense qu’ils sont « tous pareils. Ils promettent, ils promettent et finalement ne font rien. Alors qu’il vienne ici, c’est bien, mais on verra après. »
Le soir, le militant altermondialiste a filé aux Mureaux pour un premier grand meeting à la salle des habitants. Comme à chaque début de soirée retentit l’hymne écrit par Gustave Parking Ah si j’osais… Sur une musique reggae et un texte qui relate les démontages de Mac Donald, défilent les images de tous les combats du promoteur du fromage de Roquefort. Moins de 200 personnes, parmi lesquels beaucoup de militants de l’extrême gauche locale déjà acquis à la cause, sont venues l’applaudir. Des militants du collectif des musulmans du Mantois sont là aussi.
Aux cris d’ “Insurrection électorale ! ” le moustachu fait son entrée. Le discours de José Bové se fait très rapidement et très démagogiquement “antiflics” : suppression des brigades anticriminalité, références à la « révolte des banlieues » de novembre 2005 (sic). José Bové sait aussi reprendre les constantes du discours du MIB dans les années quatre-vingt-dix : « Combien de jeunes tués dans les banlieues ? combien de policiers relaxés ? » Les applaudissements claquent, le public est acquis.
Ségolène Royal « pète les plombs »
Le gymnase Bergeal de Mantes-la-Ville n’a pas affiché complet non plus, samedi. Le second meeting a réuni environ 300 personnes et plusieurs stands des associations locales.
L’ouverture de la soirée, confiée au groupe de hip-hop mantais Premier avertissement, a visiblement plu à José Bové qui s’est fendu d’un tacle au candidat UMP : « On dit qu’il y a de la racaille dans les quartiers. De la racaille comme ça, j’en veux bien tous les jours ! », provocant une vague d’applaudissements.
Ségolène Royal n’a pas été épargnée non plus. « Elle a complètement pété les plombs en chantant La Marseillaise trois fois dans la journée », ironise José Bové selon qui le chant patriotique mérite d’être modifié : « Pourquoi ne pas en faire un rap ? Mais c’est surtout une chanson agressive, guerrière, qui appelle au meurtre et dans laquelle je ne me reconnais pas. »
Décidément fatigué, le candidat annulera sa visite sur le marché mantevillois, prévue dimanche matin.
A.H., F.A., F.L.




