La crise qui secoue la station mantaise Radio Droit de Cité depuis novembre dernier a franchi un nouveau degré. Lundi 12 et mardi 13 mars, deux jeunes salariés, une animatrice et une journaliste, ont été victimes d’agressions verbales et physiques alors qu’elles se préparaient à prendre l’antenne pour la “matinale”, la tranche de 7 heures à 9 heures. Depuis les deux jeunes salariées ont fait jouer leur droit de retrait. « Il n’est plus possible d’aller travailler dans ces conditions. Nous estimons que nous ne sommes plus en sécurité », expliquent-elles.
Géraldine McCarron et Émilie Dez ont porté plainte pour « menaces, harcèlement moral et violences volontaires ». La seconde a également déposé une demande de saisine des prud’hommes.
Les deux jeunes femmes se sont retrouvées tiraillées entre Bernard Kossoko, le nouveau président et Lhabib Eddaouidi l’ancien président qui s’estime toujours légitime.
Lundi 12 mars, Émilie Dez s’est présenté à 6 heures du matin à la station pour préparer la prise d’antenne à 7 heures. Selon Lhabib Eddaouidi, qui l’avait remerciée, cela aurait dû être son dernier jour de contrat. Mais entre-temps, l’autre président Bernard Kossoko avait prolongé le contrat de la jeune journaliste jusqu’en septembre prochain. Un contrat aidé qui aurait été validé par l’ANPE.
Bref, quand la jeune fille a voulu pénétrer dans les locaux, elle s’est heurtée à un agent de sécurité. Elle a finalement réussi à entrer dans la radio pour préparer son émission. Mais la situation devenant de plus en plus tendue alors que les deux présidents étaient eux aussi arrivés sur les entre-faits, Émilie, sa collègue et Saïd Ait-Atman, le programmateur musical (qui est également délégué syndical) se sont réfugiés dans le studio. C’est alors que deux autres animateurs, partisans de Lhabib Eddaouidi, ont forcé la porte et se sont rué sur les consoles, bousculant les jeunes femmes.
Il a fallu l’intervention de la police pour calmer le jeu.
Pour ne pas risquer d’être accusées d’abandon de poste, elles se sont à nouveau présenté mardi matin à leur travail. Selon, leur témoignage le même scénario s’est répété avec l’agent de sécurité.
« J’allais prendre l’antenne quand Lahbib Eddaouidi a fait voler les journaux et m’a attrapé par le bras en arrachant la manche de mon manteau », raconte Émilie Dez.
Les salariés déplorent le climat qui règne aujourd’hui à RDC : « Nous ne pouvons pas continuer avec deux présidents, deux directeurs des programmes. Il y a eu une tentative de médiation, mais elle est au point mort. Je ne crois pas que la solution pourra venir de l’intérieur », souffle Saïd Ait-Atman. Comme ses collègues, il espère que le tribunal réussira à remettre de l’ordre au sein de Radio Droit de cité.
F.C. et L.V.
Lahbib Eddaouidi : « Aucune agression »
Accusé d’avoir agressé verbalement et physiquement deux salariées de RDC, Lahbib Eddaouidi, l’un des deux hommes à revendiquer le statut de président, « tient à la disposition des autorités judiciaires » l’enregistrement audio de l’altercation qui s’est déroulée mardi 13 mars. Entre éclats de voix et brouhaha, on l’y entend sommer Émilie Dez de quitter son poste (« Vous avez reçu votre solde de tout compte, vous devez partir ! »). L’enregistrement est très court, il ne relate peut-être que partiellement la dispute, mais quelques phrases sont audibles. Prononcées par le président : « Personne ne l’a touchée ! » ; « On se calme » et par l’animatrice qui encourage sa collègue à « ne pas lâcher l’affaire ».
Dans un communiqué, Lahbib Eddaouidi relate une tout autre version des faits, expliquant que c’est l’agent de sécurité qui a été agressé et que tout cela n’est qu’une manipulation destinée à faire pencher la décision du CSA en sa défaveur : « RDC doit affronter le harcèlement quotidien des manipulateurs déchus qui ne reculent devant rien pour déstabiliser la radio, notamment en utilisant certains salariés dont les contrats arrivent à terme et ne peuvent être renouvelés. »
Dérapages sexistes à l'antenne
Jeudi 8 mars, à l’occasion de la journée internationale de la femme, Radio droit de cité avait ouvert son antenne à des jeunes femmes du Val-Fourré invitées dans le cadre de l’émission « Chez le président » diffusée en direct à 19 heures.
Les jeunes femmes, visiblement peu à l’aise au micro, s’exprimaient sur la condition féminine dans le quartier lorsque l’une d’elles a tenu des propos pour le moins étonnants, expliquant que les « certaines filles se font violer parce qu’elles le veulent bien ». En réécoutant l’émission on perçoit une gêne dans la voix de la jeune intervenante pressée par l’animateur de donner son point de vue. Exprimait-elle son avis personnel ou répétait-elle un discours sexiste trop souvent entendu ? Avait-elle conscience des conséquences que pourraient avoir de tels propos tenus à l’antenne de la radio locale ? Toujours est-il qu’au lieu de provoquer un recadrage immédiat de l’animateur ou du président Lahbib Eddaouidi présent à l’émission, ces propos n’ont entraîné que rires et ricanements, la jeune fille étant même invitée à préciser un peu les choses.
Lahbib Eddaouidi concède « une maladresse ». « J’aurai du recadré en direct ce qui venait d’être dit mais c’était tellement gros que nous étions surpris. » Un communiqué condamnant les propos a été lu la semaine suivante mais le président invoque aussi comme excuse « le ton » volontairement « polémiste » de l’émission, censée inciter les jeunes « à s’exprimer, quitte à dire des “conneries”. Le but, c’est l’échange, le débat. C’est le seul moyen de faire évoluer les choses. »
Autant dire que ce dérapage n’est pas passé à côté de l’oreille d’un certain nombre d’auditeurs et bien entendu d’auditrices.
Dans un communiqué l’UFAL (union des familles laïques) a vivement réagi : « Banaliser les violences faites aux femmes, c’est nier le droit femmes. Les jeunes filles qui se font violer dans les quartiers ne sont pas consentantes ! Faut-il rappeler à ces gens qui animent les ondes du Mantois que le viol est un crime puni par la loi ? » L’association s’indigne de propos qui « font passer les femmes victimes de violence sexuelles ou physiques, ou encore d’injures sexistes pour des coupables, complices de ce qui leur arrive ».
Sans vouloir réduire le problème des violences faites aux femmes aux seules banlieues, l’UFAL rappelle qu’en France dans toutes les régions, dans tous les milieux une femme sur dix est victime de violence et que tous les trois jours une femme meurt victime des coups de son compagnon ou de son ex-compagnon.
Cependant l’UFAL du Mantois souligne la réalité des quartiers et s’inquiète de « l’aggravation de la situation des femmes, depuis les années quatre-vingt-dix ».
« Les viols collectifs, ce n’est pas un fantasme des médias, c’est une réalité ! La violence machiste des grands frères contre leurs sœurs, ce n’est pas un fantasme des médias c’est une réalité. La multiplication du voile islamiste dans les quartiers et le retour à l’ordre moral qui l’accompagne, ce n’est pas un fantasme des médias, c’est une réalité », ajoute l’association.
Dans un courrier adressé aux administrateurs, trois jeunes femmes salariées de la radio se disent, elles aussi, profondément choquées : « En tant que simples auditrices, nous aurions entendu de tels propos sur une radio sans que personne ne recadre le débat et que tout le monde semble amusé pare de telles paroles, nous serions intervenues, soit en appelant la radio concernée soit en informant des associations », expliquent-elles.
Dans le contexte de crise que vit la radio depuis six mois, voilà qui n’est pas fait pour calmer les esprits.
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