“Ce soir, nous empêchons la tenue du conseil d’administration. Et nous envisageons de ne pas tenir les oraux de bac blanc”, annonce un jeune professeur à la grille du lycée François-Villon des Mureaux, mardi dernier. Sans heures supplémentaires d’enseignements, il leur sera de toute façon bientôt impossible d’organiser des épreuves de ce type, disent-ils, à moins de “prendre” sur les heures de cours, “ce qui n’est pas envisageable”, car ce serait encore pénaliser les élèves…
Soutien des parents d’élèves
Une enseignante qui a été nommée jury de “Travaux personnels encadrés” (TPE) explique que ses heures de cours ont purement et simplement “sauté”. Ce qui semble préfigurer ce qui se passera demain dans les lycées et collèges : une gestion de la pénurie des moyens où les emplois du temps seront modulables en fonction de l’urgence, semblent dénoncer les enseignants réunis. Qualifiés de “professionnels très dévoués” par les parents d’élèves qui les soutiennent dans leur action, leur mot d’ordre est aussi de ne pas tenir les conseils de classe depuis une dizaine de jours. Une première qui illustre leur colère et leur désarroi.
Dans cet établissement d’enseignement général qui recrute son public tant dans les villages du Vexin à la population favorisée que dans les cités des Mureaux, ils voient peu à peu leur outil de travail saccagé par la réduction des heures d’enseignements et une politique générale qui leur demande de “réguler” tout au plus les flux d’élèves qui passent entre leur main.
Et c’est à peu près le lot de tous les établissements du secondaire à l’heure actuelle. D’autres lycées de la région pourraient connaître pareils soubresauts, si l’on en croit par la tension qui y règne entre personnels enseignant et administration sur cette question de dotation.
Une baisse de 74 heures de cours, c’est ce qui est annoncé à la rentrée prochaine au lycée François-Villon. “L’administration met en avant une baisse démographique et prévoit l’entrée au lycée de 357 élèves en seconde. Mais c’est sans compter sur les élèves qui viennent du privé. On table aussi sur 15 % de redoublements alors que chaque année nous avons un taux de redoublement qui avoisine plutôt 30 % ! On nous demande déjà d’éviter de faire redoubler les élèves”, dénonce Sophie Barre professeur d’anglais. Pour un élève défavorisé, le redoublement est plutôt une opportunité. Et les enseignants craignent qu’il ne disparaisse. “La commission d’appel devient une mascarade. C’est n’est plus qu’une instance de régulation. Les proviseurs ont des consignes très claires pour faire passer un maximum d’élèves dans les classes supérieures.”
Classes surchargées
La baisse de la dotation horaire de l’établissement va inévitablement entraîner une surcharge des classes. “Les classes de seconde vont être à 37 élèves, mais comment enseigner correctement dans ces conditions ? Et notamment les langues ?”, interroge aussi Maëlle Joyeux, elle aussi enseignante d’anglais élue au conseil d’administration.
Avec la baisse continue de la dotation horaire des établissements, il deviendra de plus en plus difficile pour les enseignants de mettre en place des heures de soutien scolaire, ou des heures de vie de classe, ou encore de dédoubler les groupes d’élèves pour approfondir certains enseignements. Une discipline comme l’Education civique déjà sinistrée sera vouée à disparaître…
Un autre souci taraude les enseignants du lycée des Mureaux, avec 80 % de réussite au baccalauréat (au-dessus des taux académiques), le lycée a bonne réputation, et il est fréquenté par des populations diverses. Cette révision des moyens entraînera inévitablement une sélection aux inscriptions, et une baisse du niveau. “La réussite du lycée Villon repose sur le mélange des populations d’élèves qui le fréquentent. Le risque est qu’il devienne un lycée ghetto”, s’inquiète-t-on aussi au sein de l’équipe pédagogique.
Mercredi, une délégation de Villon s’est rendue au rectorat de Versailles pour porter ses doléances.
Notons que cinq jours après la première convocation du conseil d’administration, le proviseur est autorisé à siéger sans quorum. Ce qui signifie que la nouvelle dotation devrait être adoptée sans difficulté.




