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La fièvre des cités remonte aux Mureaux
Les Mureaux ont été le théâtre de violents affrontements entre la police et des jeunes des cités des Musiciens et de la Vigne Blanche dans la nuit de jeudi à vendredi et de vendredi à samedi. On dénombre un peu moins d’une dizaine de voitures brûlées. Sept policiers ont été légèrement blessés et trois jeunes impliqués dans les échauffourées ont été arrêtés.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  07 février 2007
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Difficile de savoir d’où sont partis les incidents de fin de semaine aux Mureaux. Comme toujours, les versions divergent entre la préfecture et les témoignages des habitants. Une chose est sûre, on a encore franchi un pas dans le déchaînement de violence entre jeunes et policiers aux Musiciens et à la Vigne Blanche, la semaine passée.

Depuis samedi soir, 200 fonctionnaires de police supplémentaires (une compagnie de CRS compte déjà 75 policiers) ont été affectés aux Mureaux et à Chanteloup-les-Vignes où l’on déplore là encore des incidents graves pour la soirée de vendredi dernier.

A la suite de la nuit d’émeute de vendredi à samedi, trois jeunes ont été arrêtés, un seul a été déféré devant le parquet de Versailles. Le mineur de 17 ans a été présenté à un juge des enfants, lundi. Les deux autres jeunes majeurs d’une vingtaine d’années ont été relâchés faute d’éléments probants sur leur participation à l’émeute.

Un week-end plus calme

Si les deux nuits du week-end ont été plus calmes que les précédentes, la situation demeure encore sous haute tension dans les quartiers. La cité d’Ecquevilly n’a pas non plus été épargnée par les troubles à l’ordre public, puisque vendredi soir les gendarmes qui y patrouillent régulièrement depuis les émeutes de novembre 2005, ont été pris à partie à coups de pierres. Un véhicule de patrouille a même été endommagé. Durant cette soirée, quatre voitures ont aussi été ravagées par les flammes dans la même commune.

Aux Mureaux, le renforcement des effectifs policiers a peut-être un peu calmé les ardeurs de certains jeunes, mais quelques incidents se sont encore produits.

Un hélico au-dessus de la cité

Dimanche soir, comme lors des émeutes de novembre 2005, un hélicoptère surveillait les toits des immeubles et les rues des cités. Des voitures ont été brûlées avant la tombée de la nuit, dont une dans la cité des Musiciens vers 17 heures. « Maintenant les voitures brûlent en plein jour ! », s’inquiète un habitant du quartier que nous avons joint au téléphone. Jusqu’à 20 heures, des petits groupes de jeunes encagoulés ont harcelé les forces de l’ordre qui ont utilisé des grenades lacrymogènes pour les disperser.

Automobilistes piégés

Mais le week-end fut sans commune mesure avec les événements de jeudi et vendredi soir. Vendredi soir, à 20 h 38, en plein milieu de l’avenue de l’Europe, des jeunes s’en prennent aux automobilistes. La conductrice d’une Peugeot 206 est sortie avec violence de son véhicule et traînée sur le bitume par plusieurs individus. Ces derniers s’emparent de la voiture et font des va-et-vient dans les quartiers à vive allure. Un scénario pour attirer les forces de l’ordre. A 21 h 15, un véhicule est poussé au milieu de l’avenue de l’Europe, puis incendié. Cinq minutes plus tard, c’est au tour de la Peugeot 206 d’être incendiée.

Rapidement les policiers ferment l’accès par l’autoroute. Pour quelques heures, les Mureaux sont ville interdite. Par groupes, les CRS sillonnent l’avenue déserte tandis que les pompiers dégagent les voitures calcinées. Brusquement des voitures de police démarrent en trombe. Quelques minutes plus tard, c’est un cortège de camions de CRS qui se déplace d’un quartier à un autre. Dans les rares voitures qui circulent, les automobilistes passent, incrédules.

Sur l’avenue, les agents de prévention urbaine mis en place par la municipalité sont là eux aussi. Mais pas question de les envoyer dans les quartiers tant que le calme n’est pas revenu.

Dans la nuit, trois autres voitures seront brûlées, plusieurs objets incendiaires jetés sur les forces de l’ordre. Vers minuit, trois individus soupçonnés d’avoir participé aux émeutes sont interpellés et placés en garde à vue.

Déjà jeudi soir, les premières échauffourées avaient fait quatre blessés légers chez les policiers du commissariat des Mureaux et trois autres chez les CRS, et plusieurs véhicules de police ont été dégradés par des jets de pierres. Ce soir-là tout avait commencé avenue Paul-Raoult, où plusieurs individus ont allumé des fumigènes, arrêtant les voitures, et tentant de sortir les occupants de l’habitacle. Des CRS et des brigades anticriminalité locales ont été appelés à la rescousse. Un violent face-à-face a suivi entre une centaine de jeunes et presqu’autant de policiers. Il a duré deux heures.

Déjà, à deux reprises dans la soirée de mercredi à jeudi, les policiers des Mureaux avaient dû faire face à des rassemblements de jeunes hostiles. La première fois, une patrouille s’était rendue à l’hôtel d’entreprises Descartes situé sur l’avenue de l’Europe à la hauteur du quartier des Musiciens. L’alarme venait de se déclencher pour une intrusion dans une entreprise. Mais, il s’agissait, semble-t-il, d’un guet-apens. En effet, quand les policiers étaient arrivés sur place, ils s’étaient vite trouvés confrontés à un groupe qui les avait pris à partie. De sources policières, il y avait une trentaine de jeunes. Cachés derrière un bâtiment de Bizet, ils avaient surgi de l’ombre. La voiture de police s’était retrouvée bloquée dans la cour de l’hôtel d’entreprises.

La patrouille avait essuyé des jets de projectiles en tous genres. La lunette arrière et les vitres d’un véhicule avaient été brisées. Un fonctionnaire avait été touché au visage par des éclats de verre.

Peu de temps après vers minuit vingt, dans le quartier de la Vigne Blanche cette fois, une autre patrouille avait été prise à partie, bombardée de projectiles divers, pavés, bouteilles de verre. Un policier avait été blessé au genou. Un individu soupçonné d’avoir lancé des projectiles avait été interpellé.

Frédéric Antoine et Francine Carrière

La présence des CRS excite les esprits ?

Depuis plusieurs semaines, les compagnies de CRS affectées au département des Yvelines sont postées à proximité des quartiers sensibles qu’elles sillonnent régulièrement. Plutôt que de sécuriser les cités, cette présence accrue des compagnies républicaines auraient-elles pour effet d’exciter les esprits et de faire monter la tension entre jeunes et policiers ? C’est l’analyse que fait un habitant du quartier des Musiciens. « Tous les jours et même le dimanche, on a trois camions de CRS. Ils rentrent dans les cités et contrôlent à tour de bras. Souvent ce sont des contrôles musclés. C’est vécu comme des brimades. Si tu ouvres ta gueule juste pour dire que tu n’as rien fait, ils te menacent immédiatement d’outrage », raconte-t-il

Et de poursuivre : « Les habitants des cités ne sont pas contre la police. Mais ils veulent une police qui connaît les gens. Pas des CRS ignorants les problèmes locaux qui viennent d’ailleurs. On les voit dans leurs cars stationnés au bord des cités. Ils s’emmerdent, et ils sortent quand on leur en donne l’ordre. Ils sont là pour remplir une mission sans penser sur le long terme. »

Chanteloup : une policière agressée, un autobus incendié

D’importants incidents se sont produits dans le quartier de la Noé à Chanteloup-les-Vignes, vendredi soir. Tout a commencé par l’agression d’une policière de 28 ans qui sortait du poste de police à l’issue de son service. Dans sa voiture, la jeune femme a été attaquée par une trentaine d’individus aux visages dissimulés. « Ils ont essayé de la sortir de la voiture, expliquait un policier. Ils l’ont tirée par les cheveux puis par le bras. Elle a pris des coups mais elle a pu rester à l’intérieur de l’habitacle. Sinon elle se faisait lyncher. C’est si lâche de s’en prendre à une femme ! » « Elle souffre d’une double fracture au poignet et à la mâchoire », confiait le directeur départemental de la sécurité publique Thierry Couture. Quelques minutes plus tard, un chauffeur de bus qui finissait son service a été à son tour pris à partie par des individus qui l’ont fait sortir de son véhicule avant de l’incendier.

Le patron des policiers dans le département n’expliquait pas les raisons qui ont conduit à ces attaques. On évoquait comme hypothèse la mort d’un jeune Chantelouvais de 24 ans prénommé Djibril, tué, le 2 février 2006, par un policier alors qu’il braquait les employés du magasin Gap Kids à Paris.


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