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5 et 10 ans de prison après le règlement de comptes sanglant de Mantes-la-Ville
Au terme de trois jours de procès, Mehdi Radi a été condamné à 10 ans de prison ferme pour le meurtre de Mounir Abbaoui. L’homme qui l’accompagnait Ludodic Pouymayon, a pris 5 ans pour coups et blessures. Le 2 novembre 2003, ils s’étaient rendu dans un appartement du Bas-Domaine à Mantes-la-Ville où ils avaient réglé leurs comptes dans le sang.


Francine Carrière

Le Courrier de Mantes
Publié le:  31 janvier 2007
Page 7 
— Me Victor Ranieri, l’avocat de la famille de la victime, Mounir Abbaoui, tué d’une balle en plein cœur.

Est-ce le réquisitoire étonnant de l’avocat général qui a demandé une requalification de la tentative de meurtre en simples coups et blessures sans préméditation à l’encontre de Ludovic Pouymayon, l’un des deux prévenus ? Est-ce la brillante plaidoirie de l’avocat de la défense, forçant le trait sur le quartier du Bas Domaine décrit comme le Bronx où la police ne vient pas si ce n’est en hélicoptère avec des tiruers d’élite, expliquant aux jurés que dans « cette affaire, les rôles auraient pu être inversés, les accusés à la place des victimes et vice versa » ? Est-ce le passé des victimes déjà condamnées pour trafic de drogue ?

Toujours est-il que vendredi soir à l’issue de trois jours de débats le jury, présidé par Hervé Stéphan, a prononcé une sentence plutôt clémente au regard de la gravité des faits : un homme est mort et deux autres ont été blessés dont un grièvement touché a perdu un œil.

Armé d’un 6.35

Mehdi Radi 24 ans, a écopé de 10 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Mounir Abbaoui et la tentative de meurtre sur Fouad C. Ludovic Pouymayon, 33 ans, s’en sort, lui avec 4 ans de prison. L’avocat général avait requis respectivement 15 ans et 5 ans de prison.

Rappel des faits : le 2 novembre 2003 au 3, square Louis-Aragon, à Mantes-la-Ville, dans la cité du Bas Domaine de la vallée, Mehdi Radi, (20 ans et demi au moment des faits) et celui qu’il considère comme son beau-père, Ludovic Pouymayon, font irruption dans le petit appartement des frères Abdelhouaed et Fouad C. Le premier est venu armé d’un pistolet 6.35, le second porte un couteau de combat, une lame longue de 30 cm. Il y a bousculade dans le minuscule vestibule : très vite l’altercation tourne au drame. Mehdi Radi tire à plusieurs reprises. Il atteint par trois fois Fouad au visage, puis pointe son arme en direction de Mounir Abbaoui, 24 ans, un ami des deux frères qui se trouvait dans l’appartement au moment du drame. Ce dernier touché par une balle en pleine poitrine s’écroule mortellement blessé. Quant à Abdelhouaed, il reçoit une dizaine de coups de couteau assénés par Ludovic Pouymayon.

Quels sont les motifs de cette sanglante expédition ? Les Radi auraient été sous la menace des frères C. depuis que le frère aîné de la famille avait quitté la région mantaise en laissant une dette concernant 3 000 cachets d’ecstasy. Des pressions qui duraient depuis le mois d’août.

Menaces de séquestration

Les frères C. auraient menacé de séquestrer la mère et la fille âgées de 11 ans à l’époque. Après avoir cherché son frère en vain et tenté à plusieurs reprises de calmer le jeu en vain, Mehdi Radi aurait décidé d’une ultime entrevue, accompagné par le compagnon de sa mère Ludovic Pouymayon. C’est par peur que les deux hommes qui, eux, n’avaient rien à voir dans le trafic de drogue, se seraient présentés armés au domicile des frères C dans le seul but faire cesser les menaces et de protéger leurs proches. La situation leur aurait ensuite totalement échappé.

Une version à laquelle Me Victor Ranieri, avocat de la famille de Mounir Abbaoui, partie civile dans l’affaire, ne croit pas une seconde. « Il n’y avait jamais eu de violence physique contre la famille. Il n’y avait pas d’extrême péril. C’est ça la réalité et pas la version que l’on nous sert depuis plusieurs jours », lance-t-il vendredi dans sa plaidoirie. Y aurait-il eu une visite de l’un des frères C. le matin même du drame ? « Rien ne le prouve. Ce qui est sûr en revanche c’est que le 1er novembre Ludovic Pouymayon est informé de la situation et que le lendemain il y a cette expédition punitive », souligne Me Ranieri. Evoquant le passé de Pouymayon, ancien instructeur qui a fait les commandos dans l’armée, il parle d’un « homme entraîné à tuer dans sa brigade d’élite ». « Le samedi soir, il y a eu un conseil de guerre où l’on a écrit un scénario avec des lettres de sang. C’était un escadron de la mort. ».

Pour défendre la préméditation, l’avocat s’appuie sur le témoignage de la petite amie de Mehdi qui au cours des auditions a expliqué qu’elle avait reçu plusieurs messages téléphoniques. Des messages effacés depuis mais dans lesquels Mehdi Radi lui demandait pardon parce que ce qu’il allait faire gâcherait leur relation. Il y disait qu’il voulait « prendre les devants » qu’il allait « faire quelque chose de grave » et qu’elle ne le reverrait pas de sitôt.

Un dernier message avait suivi lui annonçant qu’il avait réglé son problème.

Peur permanente

A son tour, Me Yves Beddouk veut démontrer que Medri Radi «vivait dans la peur permanente». «On va séquestré la mère pour avoir le fils», affirme-t-il.

Mais selon l’avocat , le jeune homme n’était pas le seul à craindre pour la vie de la famille. «Lors de la remise en liberté de Mehdi Radi et de Ludovic Pouymayon, les magistrats qui avaient accédé à cette requête ont eu peur de donner leur adresse dans l’arrêt», lance-t--il en brandissant la domiciliation réalisée à son propre cabinet.

Il évoque aussi le témoigagne d’un collègue de Mehdi qui préviendra la brigade criminelle parce qu’il avait peu pour lui. Me Beddouk Beddouk brosse également le portrait d’un quartier où se rendre à la police pour expliquer qu’on est menacé n’a pas de sens. «On est dans la cité, c’est une autre forme de culture».

Autant d’arguments qui ont certainement marqué les esprits des membres du jury.

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