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Eva DT, slameuse mantaise a diversifié toutes sortes d’activités autour du slam. |
On le sait, le paysage musical est en train de changer. On achète plus de disque traditionnel, on télécharge, on copie, on pirate la musique. On tue le disque. Et pourtant, la musique n’a jamais été aussi riche et diversifiée qu’aujourd’hui. On découvre de nouveaux groupes, de nouveaux styles grâce à des sites tels que Myspace ou Youtube par exemple. Du jour au lendemain, des poids lourds de la musique s’effondrent et des petits groupes se font une place. La tendance est au partage de l’espace pour tous les musiciens professionnels comme amateurs.
Le groupe Clitoscratch, originaire du Mantois, est un groupe de ska-rock. Ils tournent à neuf depuis quatre ans maintenant. Grâce au programme d’accompagnement des groupes du cac Georges Brassens, ils sortent enfin leur tout premier album. Pour le moment, ils tournent en local mais « aimeraient bien aller un peu plus loin », disent-ils. Ils connaissent bien les sites de téléchargement, puisqu’ils ont mis trois titres à télécharger sur Myspace. Selon eux, c’est « indispensable aujourd’hui pour se faire connaître ailleurs qu’en local. Les gens qui te découvrent peuvent habiter n’importe où en France », raconte Karl.
95 % des musiciens sont amateurs
Thierry Duval, directeur du CRY (Centre de ressources Yvelinois pour la musique), appuie cette idée et ajoute que « désormais, la différence entre le musicien professionnel et amateur est de plus en plus floue grâce à ces sites. Aujourd’hui, on peut devenir célèbre très rapidement. Le plus difficile n’est pas de devenir musicien, mais de le rester ».
Thomas Toutain, programmateur musical du CAC Georges-Brassens à Mantes-la-Jolie, admet que « la plupart des amateurs aimeraient pouvoir ne vivre que de leur musique. Mais aujourd’hui le schéma a changé. La majorité des musiciens est amateur. La différence se situe ailleurs. Le professionnel est celui qui bénéficie de l’intermittence du spectacle. Il y a les amateurs qui jouent un peu de musique comme ça, qui font des petits concerts à droite, à gauche. Et puis il y a les amateurs qui sont des vrais passionnés et qui ont un projet artistique précis tout comme un professionnel ».
Problème. Comment vivre de sa musique quand on n’est pas considéré comme un professionnel ? Pour Thierry Duval, un musicien doit se diversifier pour continuer à vivre soit « en donnant des cours, soit en faisant de la production, ou encore en mettant en place une association ».
Eva DT est le parfait exemple de l’amateur qui vit et travaille son art comme un professionnel. Elle fait du slam depuis deux ans. Depuis, elle tourne dans les Yvelines et sur Paris. Un album est déjà sorti et certains de ses titres sont à télécharger sur son site.
Diversifier son activité
Pour pouvoir en vivre, elle est obligée de développer d’autres activités autour du slam. Elle propose des ateliers, elle est aussi réalisatrice et prépare actuellement un spectacle pluridisciplinaire avant les prochains tremplins slam qu’elle organise en collaboration avec le CAC. « Ce qui me fait manger aujourd’hui, ce n’est pas mon art mais tout ce que j’ai développé autour ». Thierry Duval explique bien qu’« un musicien amateur qui veut vivre correctement est obligé de diversifier son activité ». Demain, la musique sera gratuite. Les revenus des musiciens seront liés surtout à l’équipement et aux concerts. Mais pour faire des concerts, il faut des lieux. Et c’est ce qui manque cruellement aux quelque 2 000 musiciens amateurs du département qui doivent se partager à peine quinze lieux. Thierry Duval estime que la loi sur le bruit de 1998 a fait beaucoup de mal, puisque « les musiciens n’ont désormais que très peu de lieux pour s’exprimer. Les cafés-concerts ont disparu. Les gens se plaignent du bruit. Le nombre de musiciens, de groupes a augmenté mais pas le nombre de lieux. Ils sont engorgés, assiégés. Nous sommes sous-équipés. Le paradoxe, c’est que les gens se plaignent de la musique alors qu’ils vivent constamment entourés de musique ».
Thomas Toutain évoque la « salle du CAC qui peut accueillir 200 personnes et le café-concert. On fait autant de concerts que possible. On aimerait en faire plus ». Le CAC étant le seul lieu de diffusion pour les musiques alternatives de Mantes. « Mais en même temps, on sent que les jeunes ont envie. Ils rencontrent des groupes de musique et veulent à leur tour devenir musicien. On essaie de mettre des moyens à leur disposition pour qu’ils puissent s’exprimer », raconte Thierry Duval.
Démocratisation culturelle
En réalité, beaucoup de choses ont changé. Le profil du musicien a changé. Les moyens de diffuser la musique, de se l’approprier aussi. Seuls les lois et les lieux toujours engorgés, ne se sont pas adaptés à ce changement.
Comment répondre efficacement à la demande ? Ne serait-ce pas le moment de laisser les musiciens amateurs s’exprimer ? Clitoscratch et Eva DT ne sont ni amateurs, ni professionnels, ce sont des artistes avec du talent et des projets. C’est à ça que ressemblera le monde artistique demain. Il n’y aura plus quelques artistes mis en valeur par les majors, mais des milliers d’artistes connus ou pas. Demander plus de lieux de diffusion n’est pas tant l’expression de quelques futurs professionnels qui cherchent des lieux pour se faire connaître mais l’expression globale d’une (enfin) vraie démocratisation culturelle.






