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Salah Zaouiya doit poursuivre son combat
Jawad Zaouiya est mort il y a dix ans à la prison de Bois-d’Arcy. Depuis, son père se bat pour que l’Etat reconnaisse ses fautes. Après le jugement en appel, qui lui était favorable, Salah Zaouiya vient d’apprendre que le ministre de la Justice avait demandé un pourvoi en cassation.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  03 janvier 2007
Page 20 

Salah Zaouiya  : « L’Etat doit reconnaître ses fautes. J’irai jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme s’il le faut. »

Le 23 juillet 1996, vers 1 h 30 du matin, Jawad Zaouiya et Hassan Barkouch décédaient dans leur cellule de Bois-d’Arcy, intoxiqués par un incendie déclenché par la deuxième victime. Dix minutes auparavant, ils exigeaient d’être changés de cellule de crainte d’être contaminés par l’infection cutanée d’un détenu de la cellule voisine. Ils la croyaient contagieuse. Devant le refus des surveillants, Hassan Barkouch a entassé des matelas et divers objets et allumé un feu qui s’est rapidement propagé. Vers 1 h 40, les deux corps sans vie étaient sortis de la cellule et le troisième codétenu, Abdella Nimgharn, transporté à l’hôpital.

Depuis ce jour, Salah Zaouiya se bat pour faire reconnaître les fautes de l’administration pénitentiaire dans cette affaire.

En juin 1998, le juge du tribunal de grande instance rendait un non-lieu, confirmé par la cour d’appel en 2000.

Dix ans de procédure

C’est devant le tribunal administratif que Salah Zaouiya obtenait sa première victoire. En mai 2004, le tribunal a considéré qu’en « incarcérant trois jeunes gens dans une cellule de neuf mètres carrés en méconnaissance de la réglementation concernant l’emprisonnement individuel des détenus de moins de 21 ans, l’administration a fait courir à M. Jawad Zaouiya un risque spécial qui l’a privé d’une chance de survie.»

En février 2006, deuxième victoire : la cour d’appel rejette la requête du garde des Sceaux et confirme que la responsabilité de l’Etat est engagée.

« Le ministre de la Justice a trouvé une drôle de manière de nous souhaiter ses vœux », ose plaisanter Salah Zaouiya. Au mois d’avril, le garde des Sceaux a demandé un pourvoi en cassation que le conseil d’Etat vient de communiquer à Salah Zaouiya. Le père de Jawad a aussi pris connaissance du témoignage d’Abdellah Nimgharn. Il était dans la cellule de Jawad au moment de l’incendie qui a coûté la vie à ses deux codétenus. Lors de son audition à l’hôpital, il a confirmé que les surveillants avaient mis « plus d’une dizaine de minutes » pour ouvrir la cellule.

« Tout le monde connaît l’état des prisons françaises, clame Salah Zaouiya, il y a eu deux commissions parlementaires sur le sujet, et un rapport du commissaire européen Alvaro Gil Robles. Le ministre de la Justice, Pascal Clément, est le seul à ne pas connaître la situation. Il a qualifié le rapport d’Alvaro Gil Robles de mensonges et calomnie. C’est incroyable.»

“ Justice Jawad ”

Au-delà de son propre combat, Salah Zaouiya se bat pour qu’on reconnaisse l’état lamentable des prisons françaises. « Je veux aller jusqu’au bout. Ça fait dix ans que je me bats et même si ça doit encore durer des années, je me battrais jusqu’à mon dernier souffle. A vrai dire, je suis heureux d’avoir reçu ça. J’aimerais même aller devant la cour européenne des Droits de l’Homme et ils me donnent l’occasion de le faire. Avec l’OIP (observatoire international des prisons), on va démontrer tout ce qui ne va pas dans les prisons françaises.»

L’incarcération collective de détenus de moins de 21 ans, la durée mise par les gardiens à ouvrir la cellule, les dysfonctionnements dans l’alerte des secours et l’insuffisance des mesures de prévention sont les fautes que la famille Zaouiya souhaite faire reconnaître.

Par ailleurs, pour « sensibiliser les jeunes sur les erreurs à ne pas commettre pour ne pas se retrouver en prison et vivre un moment dramatique pour eux et leur famille», Salah Zaouiya a monté une association en 1998, “ Justice Jawad ”. « C’est une association black-blanc-beur, des amis de Jawad, dont on vient de changer le conseil d’administration. Nous sommes une quinzaine de membres», explique Salah.


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