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Erreur médicale. L’affaire Mélissa jugée en appel
Une prescription trop imprécise et un défaut manifeste de surveillance, c’est ce que la justice reproche à un anesthésiste et une infirmière de l’hôpital de Mantes-la-Jolie après la mort de Mélissa.


Francine Carrière

Le Courrier de Mantes
Publié le:  27 décembre 2006
Page 5 

Un an jour pour jour après le procès en première instance, tous les protagonistes de l’affaire Mélissa se sont retrouvés devant la cour d’appel de Versailles. Mélissa avait 3 ans et demi lorsqu’elle est décédée tragiquement à la suite d’une banale opération des amygdales pratiquée à l’hôpital de Mantes-la-Jolie. C’était le 20 octobre 2000. La fillette était morte après son transfert à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Les experts avaient alors conclu que le décès était dû à un œdème cérébral, lui-même provoqué par l’administration d’une solution de glucose à 5 %, un produit classique pour les adultes mais dangereux pour les enfants en bas âge, surtout s’il est administré en grande quantité et trop vite. Ce qui fut le cas.

Le procès qui s’était déroulé le 13 décembre 2005 s’était conclu le 21 janvier dernier par la relaxe de l’anesthésiste tandis que l’infirmière avait écopé d’une peine de prison avec sursis de 18 mois. Un jugement qui n’était pas conforme aux sanctions requises par l’avocat général. Ce dernier avait demandé pour l’anesthésiste une peine assortie d’un sursis ne l’empêchant pas d’exercer, s’en remettant à l’examen du dossier par les juges pour décider du sort de l’infirmière.

Du coup, le parquet, l’infirmière et la mère de la petite Mélissa, Valérie Guidecelli, avaient fait appel du jugement.

La prescription au cœur du débat

Le 13 décembre dernier, il s’agissait à nouveau de déterminer le niveau de responsabilité de l’infirmière Christine Levecq et du médecin Messabi Boukhazna.

A l’issue de l’intervention chirurgicale, la fillette avait été admise au service ORL alors qu’elle aurait dû être orientée vers le service pédiatrie. Cela aurait peut-être évité le drame.

Mais comme lors du premier procès, c’est surtout la prescription à l’origine de la mort de Mélissa qui a été au cœur des débats et des interrogations de la cour.

A son réveil, Mélissa avait été placée sous perfusion, à cause semble-t-il de son petit poids et parce qu’elle n’avait pas mangé depuis une longue période. L’anesthésiste avait rédigé une prescription mentionnant « plasmolyte GV». Pour lui, le “ GV ” signifiait “ garde veine ” . Mais ce n’est pas ainsi que l’infirmière l’a interprété. Pensant que le “ V ” représentait le chiffre romain, elle a administré du glucose à 5 %.

Au cours de l’instruction, plusieurs experts avaient qualifié la prescription « d’ambiguë et d’imprécise». La présidente a une nouvelle fois pointé cette lacune estimant que le médecin aurait pu être beaucoup plus précis.

La cour s’est également longuement interrogée sur la surveillance postopératoire. Mélissa aurait dû être surveillée tous les quarts d’heure, ce qui n’a pas été le cas. En larmes, l’infirmière a expliqué qu’elle ignorait le danger que représentait le glucose à 5 % pour un enfant, elle a aussi reconnu que très prise par un autre patient, elle n’avait paspu effectuer un passage tous les quarts d’heure au chevet de la petite.

Dans son réquisitoire, l’avocat général a souligné la rédaction « elliptique» de la prescription. Il a également estimé qu’il y avait eu de la part de l’infirmière un défaut de surveillance. Il a requis douze mois et dix-huit de prison avec sursis pour Messiba Boukhazna et Christine Levecq. Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 8 février prochain.

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