Des graffitis sur les murs mêlant l’insulte à la menace de mort, des étrons qui jonchaient le sol et remplissaient les boîtes aux lettres… C’était en juin dernier sur le plateau de Bècheville, les locataires du 1 allée des Erables s’étaient rassemblés et lançaient un appel au secours, dénonçant un harcèlement que leur faisaient subir une poignée de voyous (relire l’édition du 28 juin 2006).
« Ici, c’est la guerre !»
Cela fait six mois que ça dure et rien n’a changé. « La situation a plutôt empiré... c’est la guerre ici», se désole un locataire rencontré jeudi dernier.
En plein mois d’août, un couple de retraités âgé de 70 ans a même été la cible de tirs à la carabine. « Ils ont été visés du bâtiment d’en face», témoigne Abdelaziz Taïeb le président d’Action pour Tous, qui s’évertue, presque seul ici, à briser la loi du silence.
Le carreau de la fenêtre de la salle de séjour de l’appartement n’a pas été changé depuis, et l’on identifie bien l’impact du plomb. L’étoile qui grandit autour fragmente peu à peu la vitre sur toute sa diagonale. « C’est scandaleux, ce que l’on fait subir à ces gens...», souffle le président d’Action pour Tous, qui ne cache pas son écœurement.
Dans le hall d’entrée, le panneau d’affichage a été arraché, les portes des appartements sont régulièrement forcées, en témoignent les poignées tordues. Les boîtes aux lettres sont constamment cassées (elles viennent d’être remplacées par le bailleur), les locataires ont même dû se rendre au centre de tri pendant plusieurs mois pour récupérer leur courrier, car le facteur se refusait à les laisser dans les boîtes. Quant aux caves, elles ont été aménagées en chambre à coucher par les mêmes importuns.
Récemment, une femme à la retraite, habitant à cette adresse depuis trente ans, a dû fuir son domicile. C’était le mois dernier. « Veuve, elle ne vivait plus tranquille. Elle était insomniaque et sa santé était très affectée par le harcèlement des squatters», raconte une voisine. Selon un autre locataire, « elle avait complètement rénové son appartement et avait beaucoup investi pour refaire la décoration». « Elle a préféré partir, plutôt que de vivre sous la menace perpétuelle d’une agression, d’un vol. Les jeunes ont profité de son isolement et de ses faiblesses !», fulmine Abdelaziz Taïeb.
Depuis, la porte de l’appartement a été condamnée pour éviter qu’on y pénètre. Un blindage a été fixé par l’Opievoy (voir notre photo).
Renseignements pris dans le quartier, le groupe de jeunes désœuvrés qui a élu domicile dans la cage d’escalier du 1 allée des Erables est composé de jeunes des Bougimonts, ou du plus éloigné quartier de la Vigne Blanche. « Ils s’installent ici parce qu’ils savent que les locataires sont âgés ou socialement fragilisés, et que ces personnes ne représentent pas une menace pour eux», analyse le président d’Action pour Tous. « Ce qui me choque, c’est que des Muriautins de toujours, des gens qui ont vécu ici durant trente ans, doivent se résoudre à quitter le quartier à cause de fauteurs de troubles que personne ne vient déloger... Les squatters, eux, restent toujours !», conclut le militant associatif indigné.
La situation est pourtant connue du bailleur, et des services de police qui ont reçu plusieurs alertes : le bailleur Opievoy, que nous avons contacté, signale régulièrement les squats à la police.
On apprend aussi auprès de la même source que les caves vont être rendues inaccessibles. Les locataires ne les utilisaient de toute façon plus depuis longtemps.




