« Histoire de se désennuyer un peu, d’oublier pour un temps leur trop morne existence, des villageois de-ci de-là claironnent ce genre de rengaine, bien peu glorieuse au demeurant…»
À Mareil-sur-Mauldre, qu’est-ce qui fait encore chanter le poète Bernard Chambon ? Une affaire de pétition lancée depuis le village de Crespières contre le projet d’établir durablement une aire de grand passage de 100 à 200 caravanes, pour les gens du voyage, au camp de Frileuse à Beynes.
Crespières pétitionne
Pour le poète de Mareil, l’initiative des villageois (794 signataires selon leur communiqué) fait offense à la mémoire de Brassens qui, rappelons-le, a vécu à Crespières. À la lumière de cette affaire, hormis une fois par an au festival où l’on ne manque pas de lui rendre hommage, il semble que l’esprit du célèbre anarchiste ait déserté les lieux.
Tant pis ! Bernard Chambon le remplace modestement, en produisant un petit texte qui sonne comme une réponse cinglante aux plaintifs. Et merde à la mauvaise réputation !
« J’ai trouvé le tract mentionnant la pétition des Crespièrois dans ma boîte aux lettres», raconte Bernard Chambon. « Ils m’ont un peu titillé, j’ai eu envie de leur répondre.»
Le texte en vers s’intitule “ Les peigne-culs ”(lire ci-contre), qui signifie, selon l’acception ancienne du mot, un esprit un peu “ balourd ”, un peu “ borné ”. Gare à ceux qui provoquent la rime de Bernard Chambon.
Ce dernier a déjà publié plusieurs ouvrages de poésie, dans la veine libertaire, et n’exerce pas seulement sa verve au dépend des pétitionnaires.
Il annonce d’ailleurs d’autres projets, notamment un recueil de portraits, un autre de maximes, et des vers toujours bien pesés et ciselés. « À côté de la poésie, j’essaye de développer d’autres formes littéraires», confie l’artiste.
Surtout, et c’est l’actualité essentielle, le poète de Mareil s’est mis à la chanson. Ses textes mis en musique sont depuis quelques mois chantés et accompagnés par le groupe “ Traîne Chemins ”. Cette formation est composée d’Anne Leleu flûtiste, de François Andreolety guitariste, de Pierre Genot guitariste lui aussi, de Pascal Girard contrebassiste et de Bernard Chambon au chant.
Le groupe des cinq amis jouait à la fin novembre au restaurant “ La Canne à Pêche ” à Bonnières, et prépare un disque de douze titres.
Les peigne-culs
Des villageois
“ Ça ne vaut pas l’eau que ça boit ! Ne vous fiez pas à ces gars louches qui se foutent bien de nos lois : y’ a rien à tirer des manouches !
Ces types-là ça n’est pas franc, même que partout l’on colporte, que si l’on ne serr’ pas les rangs, seraient cap’ de pousser nos portes… ”
Nous
“ C’est avec de semblables mots que des quidams de nos paroisses, beaucoup plus bornés que finauds, de bon cœur attisent l’angoisse…
Sacrebleu, faut-il qu’ils soient cons, les peigne-culs de nos villages aboyant du haut d’ leurs balcons à l’endroit des gens du voyage !!! ”
Des villageois
“ Faut saisir les pouvoirs publics, les fair’ céder coûte que coûte, avant qu’ils fil’nt à ces loustics, une aire au bord de notre route !
Ce projet c’est un vrai poison ! Amis, sauvons notre commune, si l’on veut pas que nos maisons, demain ne val’nt plus une thune !
Et qui sait si dans nos jardins, ces oiseaux-là prenant leurs aises, n’encourag’ront pas leurs gamins à chaparder pommes et fraises ? ”
Nous
“ Sacrebleu faut-il qu’ils soient cons, les peigne-culs de nos villages, aboyant du haut d’ leurs balcons à l’endroit des gens du voyage !!! ”
Des villageois
“ On support’ra pas leur chambard ! Pas question que l’on cohabite avec ces diables de lascars, par ici faut pas qu’ils transitent !
Ces gars n’auront pas notre peau, passeront pas les caravanes ! Manqu’rait plus qu’on pay’ des impôts pour voir débarquer les Tsiganes !…”
Nous
“ Que penser de ce ras-le-bol, alors que dans le voisinage musaraignes et campagnols, eux-mêm’s n’en font pas un fromage…
Sacrebleu faut-il qu’ils soient cons, les peigne-culs de nos villages, aboyant du haut d’ leurs balcons, à l’endroit des gens du voyage…”
Bernard Chambon




