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Lors de sa venue, Albert Uderzo a offert 150 exemplaires de son dernier album. Il a aussi promis de financer chaque année un prix Uderzo. |
Le Courrier : Comment la demande pour donner votre nom à la nouvelle école de Mantes-la-Jolie vous a-t-elle été faite ?
Albert Uderzo : La demande m’est parvenue par le biais de mes collaborateurs. J’ai d’abord eu très peur puisqu’en général, on donne le nom d’un établissement public à quelqu’un qui malheureusement n’est plus là pour le voir. C’est le cas de mon ami René Goscinny qui doit avoir cinq ou six écoles qui portent son nom.
Quand j’ai appris que mon nom allait se porter sur une école, je me suis dit : “Tiens, on croit peut-être que je ne suis plus là non plus”. J’ai été ô combien rassuré aujourd’hui. Avec l’accueil qui m’a été fait, je sais que je suis bien vivant !
Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ?
C’est un honneur prodigieux d’avoir mon nom sur une école. Je dois ma réussite à des enfants. Donc, je me dois aux enfants. Je les adore et ils me le rendent bien. Je le vois à travers les lettres que je reçois. Quand un enfant me voit, il me regarde avec des yeux comme s’il voyait le père Noël. C’est extraordinaire de vivre cela.
Cette nouvelle école, vous l’avez visitée. Comment la trouvez-vous ?
Elle est trop belle pour moi. Elle est très bien conçue, bien pensée tant par les volumes que l’éclairage. Je connais beaucoup d’écoles bien sûr, surtout celles que j’ai fréquentées il y a fort longtemps. Cela n’a plus rien à voir. C’est merveilleux. J’ai félicité l’architecte parce que c’est vraiment un lieu à la portée des enfants. Ce n’est pas quelque chose de prétentieux. C’est pratique et à la hauteur des enfants.
Le 33e album
pourrait être le dernier
Trente-trois albums d’Astérix traduits dans plus de cent langues et dialectes. Des millions d’albums vendus. Vous êtes un mythe de la bande dessinée. De quoi êtes-vous le plus fier dans votre œuvre ?
Ce sont les gens qui parlent de mythe. Moi je suis dans mon petit coin. Je m’installe sur ma table à dessin et j’oublie tout cela. Heureusement d’ailleurs car si je me mettais à penser à des choses aussi énormes, je ne pourrais plus travailler donc je me mets dans ma petite tour d’ivoire et j’oublie tout ce qui se passe. Je suis très fier et très honoré quand cela arrive comme aujourd’hui d’autant que c’est la première fois.
Aucune autre école ne porte votre nom ?
Non, c’est la première. Il n’y en aura peut-être pas d’autre. Mais celle-là me suffit.
Après "Le ciel lui tomble sur la tête", y a-t-il un nouvel album en route ?
Non pas encore. Après 33 albums cela devient difficile. Je me souviens que René Goscinny disait au bout du dixième : « Je crois que l’on a tout dit. Qu’est-ce que l’on va pouvoir faire ? ». Nous en avons fait quatorze. Et moi neuf depuis sa disparition alors peut-être un dixième pour faire un compte rond. Mais je ne promets rien.
Astérix chez les écoliers
Michel Vialay, le chef du village et l’aréopage des Gaulois, le député et président du conseil général Pierre Bédier, le sénateur Dominique Braye et l’inspecteur d’académie René-Joël Dupont étaient réunis samedi matin pour accueillir Albert Uderzo venu inaugurer la nouvelle école du quartier des Bords de Seine qui porte son nom. Une nuée d’enfants aux anges accompagnait le papa d’Astérix.
Andréolétix aux commandes
Ouverte à la rentrée dernière, l’école compte quatre classes de maternelle pour 93 petits écoliers et huit classes de primaire qui regroupent 156 élèves.
Visite guidée pour les officiels et les parents d’élèves sous la conduite du directeur, M. Andréolety que les enfants ont déjà baptisé avec humour Andréoletix.
Conçue par l’architecte Jacques Imbert, l’école Uderzo est une réussite : des classes lumineuses et confortables, une salle d’évolution parfaitement insonorisée, une classe d’adaptation aux allures de cabinet de bateau, une salle multimédia entièrement équipée, une grande bibliothèque. Les tons chauds dominent et donnent une impression de bien-être.
« C’est un bel outil qui donne envie de travailler. C’est stimulant », commente le directeur fier de faire visiter son école. Bref, cette école moderne, spacieuse, et harmonieuse sur le plan architectural agit comme une vraie potion magique pour donner le goût d’apprendre. Emotion dans les yeux d’Uderzo et de son épouse.
Tombés dans la marmite
Comment l’idée de donner à ce nouvel établissement le nom du papa d’Astérix ? Elle est venue en même temps que la création du festival de bande dessinée de Mantes-la-Jolie initié par l’association Bulle de Mantes. Explication de son président Philippe Guillaume : « Avec Pierre Bédier, quand nous avons imaginé ce festival, il est évident qu’il fallait vous rendre hommage parce que si bon nombre d’entre nous sont tombés dans la marmite, c’est grâce à vous. »
« Quand, j’ai commencé ce métier, il y a maintenant plus de 62 ans, j’étais loin de me douter qu’un jour mon nom se porterait sur une école et quelle école ! Elle est extraordinaire. C’est un grand honneur qui m’est fait et je le ressens très vivement », s’est ému Albert Uderzo à l’heure des discours.
Pour l’inspecteur d’académie inaugurer une école « c’est un signe fort, un symbole extraordinaire de la vitalité d’une ville et d’un quartier ». « Vous accompagnez sur les enfants, les chemins de l’instruction et de l’éducation », a-t-il ajouté.
A son tour Pierre Bédier a rendu hommage à Albert Uderzo, « pas un coup de chapeau, mais un grand coup de casque gaulois ! » « Pour notre génération, il a été une potion magique. Pour vous les enfants, il a fait que la bande dessinée est désormais un art majeur. » Pas de doute, c’est plus réjouissant et plus enthousiasmant que d’apprendre à lire et se perfectionner à la lecture avec les aventures d’Astérix et Obélix qu’avec les vieux manuels de Rémi et Colette !
Pour finir, pas de banquet comme dans les albums du célèbre Gaulois, mais un grand buffet et une longue séance de dédicaces.




