Sortie du tumulte de la circulation désordonnée de Conakry. Cap au nord, 160 km. Au bout de deux heures d’une savane arborée de palmiers, de cocotiers et de manguiers en fleurs, la route de bitume fait place à la piste. Un petit avant-goût pour les voyageurs de la poussière de bauxite qui peint tout en rouge, les arbres et les herbes, les maisons délabrées de la cité « Démarrage» qui dessinent les contours de la ville de Fria. Le quartier a ainsi été baptisé parce qu’il abritait les habitations des premiers ouvriers qui construisirent l’usine d’alumine.
Au commencement était la mine mise en exploitation par Péchiney.
Au milieu de la brousse, la ville est née en 1958. Cette année-là Sékou Touré, qui devait ensuite régner en dictateur jusqu’à sa mort en 1984, fait voter son pays contre le projet du général de Gaulle d’intégration des colonies à la communauté française. En réponse, la France suspend son aide. Mais le projet minier, lui, se poursuit. Au pied de la colline de bauxite, la ville grandit au fil des décennies. « Les gens sont de toute la Guinée et de l’Afrique à Fria», affirme l’actuel préfet Mamadouba Bangoura. Elle compte aujourd’hui plus de 90 000 habitants.
En 1996, Péchiney quitte la Guinée. A l’époque, on extrait 500 000 tonnes d’alumine par an. Les Guinéens tentent de poursuivre l’activité, mais la production chute et l’usine est revendue aux Américains qui la conserveront quelques années avant de la revendre à leur tour aux Russes il y a deux ans.
Les Russes rachètent l’usine Péchiney
Avec les besoins des pays émergents et des géants comme la Chine, le cours de l’aluminium a monté en flèche. Dans cette usine aux installations vétustes, les Russes prévoient de doubler la capacité de production. Une nouvelle chaudière a été installée. Le projet a pris du retard à cause des difficultés d’alimentation énergétique. Malgré tout l’usine reste le poumon économique de la région. Elle emploie 1090 personnes et fait vivre plus de 1000 salariés dans les entreprises sous-traitantes. A l’exception de quelques jeunes ingénieurs guinéens, l’encadrement vient de Russie. La main-d’œuvre locale travaille à la production avec depuis quelque temps des ouvriers russes pour un salaire mensuel d’à peine 80 euros.
Depuis dix ans, Fria a énormément souffert du manque d’entretien. Ici, plus une route goudronnée. La population souffre des coupures incessantes d’électricité. L’eau courante est un vrai luxe. Malgré les efforts du nouveau, membre du parti d’opposition du gouvernement élu récemment, Fria est à l’image de la Guinée et de sa capitale délabrée Conakry où s’étendent les bidonvilles.
Dur à admettre dans ce pays parmi les plus riches d’Afrique sur le plan des ressources minières, La Guinée possède lamoitié des ressources mondiales d’alumine. Elle a des mines d’or et de diamants…
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