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Dominique Larson et l'équipe du Rotary auprès du docteur Alpha Diallo. |
24 novembre, 19 h 30 : la nuit est tombée sur Fria quand les dix-sept membres de la délégation française du Rotary club de Mantes descendent du bus qui les amène de Conakry. C’est le jour de la grande prière du vendredi, mais le personnel est resté au complet pour accueillir les Mantais. Les médecins, les soixante-trois infirmières, les membres de l’équipe de maintenance et d’entretien : ils sont tous là aux côtés du directeur de l’hôpital Kimbo, le Dr Alpha Diallo. Les mercis fusent, les embrassades se multiplient.
Tout juste remis de leurs émotions, nouveau choc pour les visiteurs : à la maternité, un bébé né une heure plus tôt est installé bien au chaud dans sa couveuse. 36°7 comme dans le ventre de sa mère. Le petit prématuré pèse 1,5 kg. Ingrid l’épouse de Domnique Larson a du mal à retenir ses pleurs. Si l’enfant a toutes les chances de “ pousser ” sans problème, c’est grâce à cette couveuse donnée par le Rotary. Elle fait partie des 150 tonnes de matériel médical collectées depuis deux ans par les Rotariens de Mantes et acheminées par containers du Havre jusqu’à Conakry grâce à la compagnie minière de Fria ACG. Le tout est estimé à près de 2 millions d’euros.
Une renaissance
Nouvel arrêt au service pédiatrie. Les lits, les armoires, les tables de chevet de l’ancienne maison de retraite sont là. Grâce à ces équipements, le Dr Diallo a pu mettre en place un système d’accueil des mamans qui peuvent vieller et dormir aux côtés de leurs petits hospitalisés.
Cette histoire faite de larmes et joie est née d’un drame : la perte de la petite Elora disparue en 2000 à l’âge 8 ans. L’enfant s’était liée d’amitié avec le Dr Diallo qui venait la voir tous les soirs sur son lit d’hôpital à Villejuif. De retour en Guinée, le chirurgien est resté en contact avec les parents d’Elora, Ingrid et Dominique Larson, devenus des amis.
La suite, on la connaît. Dominique Larson a mobilisé ses amis du Rotary pour rééquiper l’hôpital. Complétement délabré, il y a deux ans, l’établissement a été renové par la compagnie minière et le matériel récupéré par le Rotary a permis de le remettre à niveau. Les Rotariens ont voulu voir sur place le résultat de leur action. Ils sont époustouflés. « Le travail accompli est extraordinaire. Tout repose sur l’intégrité exemplaire et le dévouement du Dr Diallo», affirme Dominique Larson.
« C’est une nouvelle naissance pour cet hôpital», affirme le maire de la ville à l’issue de la visite avant d’évoquer le mémoire d’Elora.
« Je me suis sentie comprise. Nos amis Africains ont parlé avec une grande simplicité et beaucoup de pudeur. Ils ont trouvé les mots», dira plus tard la mère d’Elora.
Un pont de fraternité et de solidarité est désormais est jeté entre Fria et Mantes-la-Jolie. Grâce à l’amour d’une petite fille. Dans le cœur de tous, Elora a une nouvelle patrie : la Guinée Conakry.
Le Dr Alpha Diallo : « L’hôpital est ouvert sur la ville »
Après sa formation en France, le Dr Alpha Dialo a préféré repartir en Guinée. Il se sentait plus utile dans son pays « où les besoins sont immenses plutôt qu’en France où le niveau de santé est très bon».
Le Courrier : Lorsque vous êtes arrivés en 2004 dans quel état avez-vous trouvé l’hôpital de Fria ?
Alpha Diallo : Au départ, c’était un dispensaire construit en 1958 par Péchiney pour les besoins de la compagnie et de ses ouvriers. Il y a une dizaine d’années, c’était devenu un hôpital de référence pour le pays. Mais lorsque je suis arrivé, il y a deux ans, il avait perdu cette place. Les bâtiments avaient beaucoup vieilli. Le mobilier et le matériel médical étaient complètement obsolètes Après une période très critique, la compagnie minière ACG a investi dans une rénovation complète. Grâce au Rotary de Mantes, l’hôpital a été rééquipé. Il retrouve aujourd’hui sa capacité d’accueil.
Comment fonctionne-t-il ?
Les travailleurs d’ACG sont pris en charge à 100 %. Mais la majorité de l’activité vient des consultations externes. Il n’y a pas de cabinet médical à Fria. L’hôpital Kimbo est ouvert à toute la population. A moins d’un euro, les consultations sont parmi les plus basses de la région. Nous réalisons 50 000 consultations par an dont plus de 3 000 au service maternité. 5 000 personnes sont hospitalisées chaque année et nous avons environ 150 accouchements.
Quelles sont les pathologies auxquelles vous êtes le plus souvent confronté ?
A l’image de toute l’Afrique, la première cause de consultation est le paludisme, puis viennent les infections ORL, les maladies parasitaires et intestinales.
Quelles sont les difficultés auquel vous devez faire face ?
De matière générale, nous sommes confrontés à un sous financement de la santé. Par exemple, il n’y a qu’un seul scanner à Conakry pour toute la Guinée, c’est-à-dire pour 8 millions d’habitants. Les investissements vont en priorité à l’agriculture, à l’éducation et aux infrastructures. Il est pourtant indispensable de financer des hôpitaux. C’est vital pour l’avenir du pays.
Lors de notre visite à Conakry, le ministre de la Santé a évoqué les problèmes d’environnement liés à l’activité de la mine. Y a-t-il un impact sur la santé publique ?
L’usine est hors de la ville. Nous avons affaire aux poussières de la carrière plutôt qu’aux poussières d’alumine. En 40 ans, aucun cas de silicose n’a été constaté. En saison sèche, il peut y avoir des irritations respiratoires dues à ces poussières, mais pas vraiment de pathologie.
Quels sont vos projets à Fria ?
L’objectif n’est pas de transformer l’hôpital de Fria en un centre hyperspécialisé mais d’en faire à nouveau un établissement de santé de référence. Avec le Rotary club local, nous avons un projet autour de l’eau potable. Il s’agit de financer des forages pour les communautés rurales de façon à lutter contre les maladies hydriques. Ce serait un bon début, pour notre club.
Un nouveau club dans la famille rotarienne
Le séjour de la délégation du Rotary de Mantes-la-Jolie n’est pas passé inaperçu en Guinée. L’actuel président du club Jean-Paul Leca, les trois chevilles ouvrières de l’action internationale “ Elora ”, Dominique Larson, Serge Ancelot, Philippe Callens et leurs amis Rotariens ont été reçus avec des honneurs quasiment présidentiels. Ils ont même eu droit à plusieurs reportages sur la chaîne nationale la RTG. De vraies vedettes !
« Nous savions que nous étions attendus. Mais un tel accueil, une telle fraternité, c’est exceptionnel. Nous avons vécu des moments rares», affirmaient-ils dans l’avion du retour.
La visite à l’hôpital Kimbo de Fria était un des objectifs du voyage. Mais il n’était pas le seul.
En effet, il s’agissait aussi de participer à la création du Rotary club de Fria.
Une vingtaine d’hommes et de femmed de bonne volonté réunis autour du Dr Alpha Diallo pour créer ce club qui sera un pont entre La Guinée et la France, entre Mantes-la-Jolie et la ville minière. Un moyen de pérenniser l’action Elora et de développer d’autres projets. « Le club de Mantes est jumelé avec cinq autres clubs européens. A tour de rôle, chacun propose une action pour laquelle nous nous mobilisons tous. Cela permet de décupler les moyens», explique Marc Vesse le président des actions internationales du club Mantais.
Avec le soutien permanent et l’expérience d’Ousmane Aribot “ past-président ” du club de Conakry et l’appui du “ past-gouverneur ” Thomas Curtis, le club a été porté sur les fonds baptismaux durant un an.
Samedi 25 novembre, c’était le grand jour de remise de la charte et de l’entrée officielle du nouveau club au sein du mouvement international . Cérémonie à “ La Piscine ”, le grand restaurant de Fria. Laurence Kouassi gouverneur des 93 clubs d’Afrique de l’Ouest (14 pays) avait même fait le déplacement d’Abidjan.
Tous ont rendu hommage à Alpha Diallo, à sa générosité, à son sens du devoir.






