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Michel, étudiant en licence de mécatronique à l'IUT de Mantes n'a trouvé qu'une colocation… à Conflans-Sainte-Honorine. |
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: à la date du 6 novembre, le service logement de la communauté d’agglomération et de Limay réunies affiche une liste longue comme un jour sans pain: 3 376 demandes de logement social en souffrance. Plus de 10 % de ces demandes soit 381 dossiers émanent de jeunes qui cherchent à décohabiter, autrement dit à quitter le logement des parents. «A ressources et ancienneté de candidatures égales, nous donnons la priorité aux jeunes qui sont dans une démarche de première décohabitation», explique la responsable du service. Maigre consolation, face à la pénurie.
Dans quelques années, les différents programmes immobiliers en cours ou en projet (lire ci-contre) devraient donner une réponse plus adaptée aux demandes.
Mais en attendant, le manque criant de solution de logement pour les jeunes a de lourdes conséquences. Il freine par exemple le développement de l’IUT pourtant symbolique de la volonté de renouveau du Mantois.
L’Institut universitaire technologique propose des licences professionnelles rares en France. Du coup, pour certaines formations, son recrutement est régional, voire national. « Pour les étudiants qui veulent intégrer l’institut au niveau de la licence, l’hébergement est un très gros problème. Beaucoup renoncent parce qu’ils ne trouvent pas de solutions dans le Mantois ou à des prix prohibitifs». Un coup de frein d’autant plus dommageable que l’IUT vient de créer une nouvelle filière de formation qui doit être l’un des pierres angulaires du futur pôle universitaire du bassin mantais.
Aurore, 18 ans, et Pierre-Henri, 19 ans, tous les deux étudiants à l’IUT ont renoncé à la location d’un appartement. Trop cher pour leur budget. Ils sont restés au domicile de leurs parents et sont contraints à de longs trajets. Deux à quatre heures par jour en fonction de leur emploi du temps. «On travaille dans le train. Mais avec le bruit, on a beaucoup de mal à se concentrer».
L’école d’infirmières de la Croix Rouge à Mantes-la- Jolie pâtit également de cette situation. Une majorité d’étudiantes de l’IFSI a rencontré de grosses difficultés pour se loger. Quatre ou cinq élèves n’ont toujours pas trouvé d’autres solutions que l’hôtel.
Rien à moins de 500 euros
Situation confirmée par les agences immobilières. “ A la période des inscriptions, nous sommes submergés d’appel des parents des jeunes qui entrent à l’IUT ou à l’école d’infirmières. Nous n’avons pas de studios ou de petits logements à leur proposer. Ou alors, c’est cher. A moins de 500 euros, c’est quasiment introuvable ”, affirme Françoise Cannone de l’agence Levasseur. L’agence Foncia (50 % des locations à Mantes) partage cette analyse. «Pour le mois de novembre, nous avons seulement deux studios à proposer».
Quant au Foyer des jeunes travailleurs situé à Mantes-la-Jolie, il est plein comme un œuf. 100 % de taux d’occuation depuis 1997. L’établissement conventionné accueille 97 résidents. Statutairement, l’hébergement réservé aux étudiants est limité à 20 %. Pour son directeur Patrick Hochédé, il est temps de s’engager dans une réflexion sur l’accès au logement des jeunes en tenant compte de leur statut qui est de plus en plus perméable, car ils peuvent à la fois étudiants, salariés, ou en formation par alternance.
Pourquoi pas la colocation
Très en vogue à Paris, (mais pas toujours déclarée), la colocation est encore peu utilisée dans la région. C’est pourtant un solution pour partager les frais de loyers. Mais il faut convainvre les propriétaires souvent réticents et savoir qu’une garantie sera exigée de chaque occupant et que les co-locataires seront solidaires financièrement si l’un d’eux ne paye pas sa quote-part du loyer. Cela reste encore peut-être l’une des meilleures pistes pour se trouver un toit.
Les réponses viendront
à partir de 2009
Hausse des loyers dans le privé, démolition des tours dans le public, pénurie de petits appartements: la situation du logement est particulièrement tendue dans le Mantois aujourd’hui. Mais cela ne devrait pas durer.
Dans les trois à cinq années à venir les efforts conjugués des municipalités devraient permettre d’améliorer sensiblement l’offre. Le futur quartier Mantes université autour de la gare prévoit 1 200 logements pour 100 000 m2 avec une offre très diversifiée, résidence étudiante, structure pour les personnes âgées, hôtellerie. «Les projets dépendront de la volonté des collectivités locales et du développement qui sera donné au pôle universitaire», précise-t-on à l’EPAMSA (établissement public d’aménagement du Mantois Seine Aval).
Dans la même logique d’aménagement concerté, les communes de la communauté d’agglomération (Camy) réalisent des opérations immobilières à taille humaine. A Rosny, 28 logements sociaux (16 maisons individuelles et 12 appartements en petit collectif) seront livrés l’été prochain. Toujours à Rosny, le maire Françoise Descamps-Crosnier réfléchit avec le service logement de la Camy et le promoteur Nexity à un projet immobilier qui pourrait inclure du logement pour les jeunes travailleurs et étudiants. L’opération pourrait, par exemple, faire l’objet d’un conventionnement avec le FJT (foyer des jeunes travailleurs).
Quatre autres projets sont à l’étude, deux à Magnanville et deux à Buchelay. A Mantes-la-Ville, une centaine de logements seront reconstruits aux Brouets.
A noter enfin que la région Ile-de-France vient d’annoncer son soutien à la création de 5 000 logements d’ici 2010 en foyer de jeunes travailleurs.
Le loca-pass c’est quoi ?
Le loca-pass est une aide au locataire qui comprend deux volets.
Tout d’abord, l’avance loca-pass, qui est une avance gratuite, accordée sous forme de prêt avec un taux à 0 % amortissable sur une durée maximum de trois mois avec des mensualités de 15€ minimum. Quant à la garantie loca-pass, c’est une caution solidaire d’une durée de trois ans donnée au bailleur. Le loca-pass s’adresse à tout le monde : « Pour les moins de 30 ans, les étudiants boursiers et tous les travailleurs y ont droit. Pour les plus de 30 ans, tout le monde y a droit hormis les fonctionnaires», explique Maguy Voisin, de l’agence Procilia de Mantes-la-Jolie. Pour bébéficier du loca-pass, il suffit de faire une demande de dossier à l’agence la plus près de chez vous.
La solution «chez l’habitant»
Malgré le départ de leurs cinq enfants, la grande maison de la famille Dubacq demeure toujours aussi animée. Depuis plus d’un an, le couple de Rosnéens héberge des étudiantes de l’école d’infirmière. Cinq jeunes femmes venues d’outre-mer qui disposent de leur chambre, d’une cuisine bien équipée et d’une salle de bain au second étage.
A 200 euros par mois, le loyer demeure modeste dans ce cadre très familial et proche de l’école.
Sans contrainte
« Quand les enfants sont partis, nous aurions pu transformer les pièces en bureau bibliothèque ou salle de projection vidéo, témoigne Jean-Paul Dubacq, 60 ans. Mais, un peu par hasard, nous avons accueilli provisoirement un médecin interne de l’hôpital pendant quelque temps. Ensuite, ce fut une enseignante, puis fut une étudiante infirmière qui cherchait une chambre dans la région. Trois sont venues, puis deux autres ont suivi. Aujourd’hui, nous avons fait le plein.»
Chacune a signé un bail, qui court de septembre à la fin juin de l’année suivante.
« C’est une bonne option pour les étudiants qui, en dehors d’une allocation d’environ 100 euros, ne bénéficient que de ressources modestes, reprend le professeur d’université en retraite. Leur loyer est une participation aux charges en eau et électricité. De notre côté, nous n’avons pas souhaité leur imposer des contraintes. Nous n’avons ainsi pas demandé de caution».
La perception des loyers offre, en outre, une source de revenus qui participe à l’entretien de la grande demeure.
Pas de règlement de vie intérieure, « les choses se sont faites naturellement. On se croise dans l’escalier, mais le soir chacun est chez soi. Nous n’avons pas les mêmes horaires, de toute façon». Ce qui n’empêche pas de se donner mutuellement un coup de main de temps à autre. Jean-Paul Dubacq se fait, parfois, taxi bénévole lorsqu’il s’agit d’aller chercher les étudiantes en mal de transport pour ramener leurs provisions à la maison. «Quand on a de la place et qu’on n’est pas sensible au dérangement, aux portes qui s’ouvrent et se ferment, c’est un grand service que l’on peut rendre aux étudiants», estime Jean-Paul Dubacq.
F.L.




