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Ecoliers sans papiers, pas sans soutiens
À l’instigation du réseau Éducation sans frontières des Yvelines (RESF) s’est tenue une cérémonie de parrainage d’élèves sans papiers, samedi après-midi à la mairie de Magnanville.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  08 novembre 2006
Page 9 

Suzana et son parrain, André Sylvestre.

Dans son discours, le premier magistrat de la commune André Sylvestre a déclaré « souhaiter redonner un éclat aux mots liberté, égalité et fraternité » au travers de cette action.

Humanisme

Mu par le désir de dévoiler le « véritable visage de notre république laïque, sociale et humaniste », le maire a défendu avec poésie et sensibilité l’intégration et la régularisation d’une vingtaine d’enfants des communes alentour.

« Notre commune comme notre pays sont fiers d’être la terre des droits de l’Homme, a-t-il rappelé. Et nous ne voulons pas que cette terre devienne stérile à cause de décisions incompréhensibles ou intolérables. »

Fustigeant l’égoïsme et la violence inhérents à l’époque, André Sylvestre a appelé de ses vœux les jeunes citoyens et citoyennes à ne pas « laisser se transformer notre république gorgée d’Humanisme en un marécage peuplé de fantômes. »

Effet dissuasif

Élus et parrains ont ensuite remis à chacun des dix-sept filleuls une attestation de parrainage. Ce papier demeure sans valeur administrative mais reste d’une haute force symbolique, permettant au possesseur de circuler plus tranquillement.

« Premier papier pour la personne sans papier » selon le collectif RESF, il a un effet dissuasif auprès des autorités chargées des expulsions. D’ailleurs, aucune des personnes parrainées à Paris et ailleurs n’a fait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière. « C’est une gêne terrible pour les gouvernants et les préfectures que d’expulser une personne sans papiers connue d’une mairie, de parrains et marraines ou d’organisations syndicales et associatives », écrit le réseau.

R.B.


Suzana boursière et sans-papiers !

Depuis le 19 octobre, Suzana Kricak vit dans l’angoisse permanente d’une reconduite à la frontière. « J’évite de prendre le train. J’ai plein d’amis. Je suis obligée de refuser leurs invitations. Je ne sors pas le soir. J’ai trop peur d’être arrêtée. » Sa carte de séjour n’a pas été renouvelée et la demande de régularisation qu’elle a déposée a été rejetée. Une situation qu’elle partage avec sa mère, elle aussi expulsable à tout moment.

Cette jeune lycéenne scolarisée en terminale SMS (sciences médico-sociales) à Magnanville est boursière de l’Éducation nationale depuis 2004. Ce qui fait dire à son parrain, qui n’est autre que le maire André Sylvestre, que « la République est tombée sur la tête ». Il souligne le paradoxe : « D’un côté le ministère de l’Éducation nationale reconnaît les qualités de cette élève exemplaire en lui accordant une aide pour poursuivre ses études et de l’autre le ministère de l’Intérieur qui veut la mettre dehors. »

Le parcours de Suzana mérite que l’on s’y arrête un instant. La jeune fille âgée de 20 ans est née en France alors que ses parents d’origine serbe travaillaient depuis une vingtaine d’années dans une usine de plastique implantée près de Mulhouse. Mais la fermeture de l’usine a conduit la famille à retourner en Serbie. Ses trois sœurs aînées qui avaient grandi en France sont revenues les unes après les autres dans leur pays d’adoption. Elles sont aujourd’hui naturalisées. En 2003, Suzana a perdu son père. « Ma mère et moi, nous n’étions plus que toutes les deux en Serbie. Nous avons rejoint notre famille en France, persuadées que les papiers ne poseraient aucun problème. Ce qui nous arrive aujourd’hui est incompréhensible. »

En trois ans, Suzana est devenue parfaitement bilingue. Elle s’est parfaitement intégrée à la communauté scolaire. Ses excellents résultats lui ont permis de sauter une classe et de passer de la filière professionnelle à la filière générale. Après son bac Suzana rêve de suivre des études d’assistante sociale ou d’infirmière.


Françoise Descamps :« Du sens à la République »

Maire de Rosny, Françoise Descamps-Crosnier s’apprête à organiser dans sa commune une cérémonie de parrainage républicain. « C’est hautement symbolique. Cela donne du sens aux trois valeurs fondatrices de la République, liberté, égalité, fraternité. En effet, je trouve indigne d’expulser des jeunes et des familles qui font partie de notre communauté depuis des années. Il faudrait que plus de maires réagissent. Nous sommes encore très peu d’élus à accepter d’organiser ce genre de cérémonie. Je pense pourtant que cela peut faire avancer les choses et permettre de dénoncer une loi injuste. C’est aussi un moyen d’accompagner le Réseau Education sans frontière. »


Deux frères pour une nationalité

Landry Minamou, comme son frère Marius Tayo, a assisté à la cérémonie de parrainage. Arrivé en France en août 2005, il espérait fuire la misère au Cameroun et pouvoir étudier dans de meilleures conditions. « Là-bas, explique-t-il, les enfants sont contraints d’arrêter l’école à cause des difficultés économiques. J’ai d’ailleurs connu des familles ou c’était parfois les enfants qui subvenaient aux besoins. »

Actuellement scolarisé au lycée Saint-Exupéry, le jeune homme de 19 ans suit une formation littéraire. « C’est assez éloigné de mon ambition première de devenir pilote d’avion mais qu’importe. Dans le monde actuel, on doit savoir être prêts à se saisir des opportunités qui se présentent, constate-t-il. Dans l’avenir, j’espère continuer à apprendre plusieurs langues pour me tourner vers une carrière de traducteur. »

Son petit frère, âgé de 17 ans, réside depuis un an dans l’hexagone. « Ma mère, ma petite sœur et mon frère vivant ici, je ne me voyais pas demeurer en Afrique », argue-t-il. Du soutien populaire de samedi, la fratrie en retire un certain soulagement. « Par rapport à ce que j’entends dans les médias, remarque Landry, cela m’a surpris de voir qu’il y avait des gens qui se souciaient de notre situation. » Marius lui aussi se déclare content de cette manifestation : « Quelque part, cela me rassure. Car je suis encore inquiet pour mon sort. Par exemple lorsque je suis contrôlé par les policiers. Pour un citoyen ordinaire, c’est déjà stressant. Moi, ce que je ressens, c’est de la peur. »

Une crainte qui ne paraît pourtant pas cadrer avec les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité prônées par l’État. « On nous encourage à étudier le Français chez nous, termine Landry. Mais lorsque je me suis retrouvé ici, je n’ai pas bien compris, par rapport à ma situation et au rejet dont j’ai fait l’objet, à quoi m’avait servi d’apprendre cette langue si l’on ne voulait pas de moi en France. »

R.B.


Michel Chastan : « Les rassurer »

Michel Chastan, membre du parti communiste et syndicaliste, l’avoue tout de go : « Même si Landry et Marius étaient des jeunes à problèmes, je les défendrai. »

Par son action, le parrain des deux Camerounais veut « mettre un point d’honneur à faire comprendre à ces messieurs du gouvernement que la France qu’ils envisagent n’est pas celle que j’accepte. »

Ce parrainage reste pour lui symbolique avant tout, son engagement à leurs côtés étant le même. Il pense que ses deux filleuls, à l’instar des autres, « sont légitimés dans leur demande de régularisation car ils n’ont de fait pratiquement plus aucune attache familiale avec leur pays d’origine. On n’est donc pas là pour les défendre mais plus pour les rassurer. »


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