Courrier de Mantes
La Une du Courrier par e-mail
RSS

Une carcasse de voitures brûlée jeudi soir rue Jules-Ferry.

Une poignée d'incendiaires joue avec les nerfs de la cité
À quatre jours d’intervalle, par deux fois, des faits graves se sont déroulés cette semaine à la résidence du parc. Des voitures ont été incendiées au bord des immeubles d’habitation.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  08 novembre 2006
Page 29 

En proie à la folie d’une poignée de jeunes, les habitants de la résidence du parc disent au grand jour leur exaspération. Dans l’édition précédente du Courrier de Mantes, nous relations les incidents survenus à la résidence du parc dans la soirée du dimanche 29 octobre. Deux voitures avaient été incendiées, notamment une au pied d’un bâtiment, juste à l’endroit où passe une colonne de gaz. Comme chaque soir, quatre escadrons de gendarmeries étaient mobilisés en prévention.

« Situation catastrophique »

Un habitant inquiet note que c’est la seconde fois depuis l’été dernier qu’une voiture est projetée contre une façade d’immeuble. Chaque fois les incendiaires, souvent jeunes, ne prennent pas en compte les risques qu’ils font courir à la population.

Jeudi dernier, la soirée a encore été agitée. Trois voitures ont été incendiées dont une, à quelques centaines de mètres de la cité, devant la mairie d’Ecquevilly. Elle a été retirée vers 11 heures le lendemain. Mais dans la cité, au même moment, les habitants discutaient autour d’une autre carcasse restée au milieu de la rue Jules-Ferry. Six interpellations pour “outrage” ont eu lieu cette semaine à la résidence du parc, et l’enquête de gendarmerie se poursuit pour retrouver les auteurs des incendies.

Avec le regain de tensions de ces derniers jours, les familles dénoncent une « situation catastrophique » et s’inquiètent pour l’avenir du quartier.

Rencontré jeudi dernier, Ciré Diallo, président de l’association des locataires, relate une situation devenue « impossible à vivre ». « Mercredi 1er novembre, on a réuni les jeunes pour comprendre les raisons de ce regain de violence. On ne sait pas pourquoi ils font ça. Ce sont des très jeunes sans doute poussés par des plus grands… Les habitants n’en peuvent plus. Il faut que les parents fassent leur travail avec leurs enfants. On croyait qu’après le déploiement de force de gendarmerie de dimanche, les choses s’apaiseraient… », soupire Ciré Diallo.

Selon ce militant du logement bien connu, « la violence aurait pu diminuer avec des agents de prévention ou le maintien des éducateurs de rue ».

Rappelons qu’il y a quelques années, il y avait des éducateurs de rue à Ecquevilly. Aujourd’hui, la municipalité considère que cette expérience a été un échec. « Ce n’est pas parce qu’on va mettre trois personnes dans la rue que ça va arranger les choses », estime Rémy Tréhot le premier adjoint au maire d’Ecquevilly.

Les habitants, eux, n’en démordent pas, ils veulent des médiateurs : « Il faut tenter autre chose, il fait qu’on nous écoute », insiste Ciré Diallo. « On a autant besoin de prévention que de présence des gendarmes », ajoute-t-il. Les habitants se demandent aussi jusqu’à quand ils devront vivre chaque soir avec une présence massive des forces de l’ordre pour protéger leurs voitures et leurs bâtiments.

De leur côté, les gendarmes confient que les choses iraient de mal en pis sans leur présence « préventive ». C’est aussi l’avis des habitants que nous avons rencontré.


Une délégation de la résidence du Parc a rencontré l’adjoint au maire

Avec entres autres à leur tête Hassan Loudiyi le président de l’association islamique d’Ecquevilly, ces Ecquevillois sont venus demander aux élus d’« agir » pour le quartier. « Le malaise n’est plus tolérable. On ne veut pas tout rejeter sur le maire mais prenez vos responsabilités ! », lance un habitant. « Les gens ont l’impression d’être délaissés », clame un autre. « Face à la gravité de la situation, ce n’est pas par de petites paroles qu’on va s’en sortir ! », fulmine un troisième. C’est là que sonne comme un malentendu.

Car rappelons que la commune mobilise un budget important (10 millions d’euros) pour la rénovation urbaine qui consiste en la démolition et la reconstruction de logements, ainsi que la création d’équipements publics tels un centre de loisirs et une petite salle polyvalente dans le quartier de la résidence du Parc.

La ville d’Ecquevilly fait partie du grand projet de ville avec Les Mureaux depuis le milieu des années 1990. Une action qui remonte à la municipalité précédente, alors gérée par Léon Herz.

Sentiment d’abandon

Mais les habitants gardent en mémoire la fermeture du centre social “Les quatre saisons” en septembre 2005. Depuis le malaise s’est amplifié. Ni centre socioculturel, ni maison de la jeunesse, n’ont remplacé pour l’instant l’ancienne maison de quartier, et les habitants de la résidence du parc se sentent « abandonnés », ils l’ont répété vendredi.

Alors, à la demande légitime de moyens supplémentaires, notamment en services d’accompagnement aux habitants, Rémy Tréhot le premier adjoint a répondu que la rénovation urbaine, déjà commencée, prévoyait en plus de la maison pour tous qui ouvrira en janvier et dont le projet a été confié à l’association “Groupe SOS International”, la construction d’une salle polyvalente et d’un centre de loisirs. Une façon de rassurer une fois encore sur le fait que la ville se soucie du devenir des habitants de la résidence du parc. Les délais de livraison risquent cependant d’être longs concernant ces deux dernières structures.

Plus clairement que d’habitude, les habitants, impatients, ont semblé vouloir lancer un avertissement aux élus, quand de leur côté, prisonniers des lenteurs des procédures administratives, ou confrontés à la surdité des bailleurs, les services municipaux se débattent avec le long serpent de mer de la rénovation urbaine.

Au bout d’une demie heure l’assemblée s’est retirée sagement. En aparté, le président de l’association islamique Hassan Loudiyi a expliqué les initiatives prises par son organisation depuis les derniers incidents : « Nous avons parlé aux parents au cours d’une réunion qui se tenait à la mosquée. Nous envoyons aussi des jeunes pour parler avec les autres jeunes du quartier pour ramener le calme. » Un peu avant, un autre fidèle de la mosquée expliquait le travail qui était fait pour « raisonner » les jeunes qui coupent l’alimentation des lampadaires chaque soir. « Mais cette armada (la présence des patrouilles de gendarmerie, NDLR), ça ne règle rien du tout. Au contraire, ça amplifie...», ajoute le président de l’association islamique.

En écoutant les propos tenus vendredi, ou en discutant avec les habitants dans le quartier, on constate que l’unanimité existe pour déplorer la « dérive » de la résidence du Parc, en proie aux difficultés sociales, au dénuement, et aux violences de quelques acteurs isolés. Mais pour rétablir le calme, les intérêts de ceux qui en appellent à une “médiation de terrain” aux contours assez flous, semblent s’opposer aux intérêts des habitants qui ne jugent pas aussi sévèrement l’action de la gendarmerie pour garantir leur sécurité.


Juin 2008 Juillet 2008 Août 2008
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
1 2 3 4 5 6
7 8