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Face à face tendu. photo AFP |
« Est-ce que je suis un maire qui compte pour du beurre ? », lançait François Garay mercredi matin devant les quelques journalistes qui étaient restés sur place après l’intervention avant l'aube au quartier des Musiciens.
Il était sidéré de ne pas avoir été prévenu alors que toutes les télés et les radios étaient installées aux premières loges dans sa ville en train de filmer sur le vif le déploiement des forces de l’ordre. « Je suis très choqué », affirmait-il. Ce n’est pas l’intervention elle-même, menée après la violente agression de dimanche soir au cours de laquelle sept policiers ont été blessés et deux voitures de police incendiées, qui gène le maire, mais la manière. « Apparemment, tout a été décidé le mardi soir. A 5 h 30 du matin, les forces de l’ordre ont investi le quartier avec toute la presse audiovisuelle nationale. Je n’ai été informé qu’à 7 h 45 par un appel du commissaire de police des Mureaux. Au milieu de l’après-midi alors que les événements du matin faisaient la une de tous les journaux télévisés, j’attendais toujours un coup de fil de la préfecture ou de la direction de la sûreté départementale. »
« De la télé-réalité dans les cités »
« Ce que l’on cherche, c’est de l’image. On fait de la télé-réalité sur le dos des cités », s’indigne le maire. Qui a organisé ce show médiatique ? C’est ce qu’aimerait bien savoir François Garay. « Cette présence massive de caméras et de micros est selon moi néfaste au travail de la police, ainsi que pour tous les acteurs locaux. Je souhaiterais savoir qui a informé les journalistes. Ce qui s’est passé risque de réduire à néant le travail considérable de transformation de la ville et de prévention de la délinquance », écrit-il dans un courrier adressé au Premier ministre.
Le maire l’a mauvaise : « Maintenant, c’est moi qui gère le problème », rappelle-t-il avant d’ironiser : « Quand j’entends parler Nicolas Sarkozy d’élargir les pouvoirs du maire sur les questions de sécurité et que je vois ce qui s’est passé ce matin, je m’interroge. »
S’adressant aux jeunes, il lance un appel « à ne pas tomber dans le piège à la veille des élections ». « Plus nous nous approcherons de la présidentielle, plus les questions de sécurité seront présentes. Attention à ne pas favoriser un scénario du type de 2002 », ajoute-il.
Une manifestation samedi
Dans les quartiers aussi, les réactions sont vives. La population a le sentiment d’être sitgmatisée.
« 150 policiers et toutes ces caméras pour une interpellation, c’est ridicule. Encore une fois, c’est toute une population qui est montrée du doigt », estime Moussa Sako le président des Relais Citoyens.
Pas question cependant d’attiser la colère : lors de la réunion qui se tenait jeudi à l’espace Rouget-de-Lisle, il a lancé un appel au calme, rappellant notamment que chacun est tenu de se soumettre aux contrôles de police.
Reste que le mode d’intervention massive et l’erreur qui a conduit les policiers à se tromper de porte passe mal, très mal. « Ce n’est pas la première erreur de ce genre. Ça ne peut plus durer », poursuit Moussa Sako.
L’association a décidé d’établir un “livre blanc” relatant ces interventions musclées dans les quartiers qui, selon les habitants, ne font d’accentuer la spirale de la violence.
En réponse aux événements de la semaine dernière, Les Relais Citoyens, rejoints par des habitants et plusieurs associations comme pour Actions pour Tous et la Ligue des droits de l’homme, organisent une manifestation qui partira samedi à 15 heures du quartiers des Musiciens pour rejoindre la mairie.
Deux mises en examen
après l’agression des policiers
L’homme qui a été arrêté lors de la descente de police de mercredi matin à la cité Bizet a été écroué vendredi soir après avoir été présenté au parquet de Versailles. Il s’agit du frère de l’automobiliste qui, dimanche dernier, avait pris la fuite lors d’un contrôle de police à la hauteur des Bougimonts. Il se trouvait dans la voiture lorsqu’elle a été interceptée dans le quartier des Musiciens.
Ce dernier a été mis en examen pour plusieurs motifs, participation armée à un attroupement, violences volontaires sur agent de la force publique, dégradation par incendie (deux voitures de police avaient été brûlées dimanche soir) et vol de matériel (un pistolet de type flash-ball, une trentaine de munitions, deux grenades lacrymogènes et deux radios de police avaient été dérobés dans les véhicules des policiers).
Un autre suspect a également été écroué vendredi avec les mêmes chefs de mise en examen.
Mourad B., 27 ans, surnommé Pioupiou dans la cité, s’était présenté de lui-même jeudi matin au commissariat des Mureaux.
« Il reconnaît qu’il était sur les lieux au moment de l’échauffourée. Il est intervenu pour dire aux policiers d’arrêter de malmener le passager qu’ils venaient d’interpeller. Il a été gazé. Mais il n’a pas pris part aux affrontements. Au contraire, il a même a sauvé un policier en l’aidant à se protéger pendant la bagarre », expliquait un proche lors de la réunion organisée jeudi après-midi par le Relais Citoyen à l’espace de quartier Rouget-de-Lisle.
Une version qui ne correspond pas à celle des policiers. Les enquêteurs, eux, estiment que Mourad B. a participé directement à l’agression des policiers.
La famille victime de l’erreur témoigne
Quasiment sous l’objectif des caméras de toutes les chaînes françaises, les policiers ont fait irruption dans l’appartement d’une famille qui n’avait rien à voir avec les violences commises dimanche à l’encontre des forces de l’ordre. C’était le bon étage, mais pas la bonne porte.
« A 5 h 30, nous étions en train de prendre le repas du matin avant le jeûne du ramadan. Ils sont rentrés à une dizaine de policiers encagoulés et armés. Ils ont renversés toute la nourriture par terre. Il y en avait partout. Ils ont utilisé leur bombe lacrymogène », raconte cette veuve. « Ils ont mis les menottes aux deux grands », poursuit-elle encore sous le choc.
Les deux aînés, âgés de 18 et 19 ans, sont restés menottés peu de temps. « Environ cinq minutes », estime la cadette, qui a assisté à toute la scène. « Dix minutes après, ils sont revenus pour s’excuser », ajoute-elle.
De maigres excuses verbales, pour cette mère de famille et ses enfants, qui ont ont vécu des moments traumatisants.
Aujourd’hui, elle est inquiète : « La porte a été défoncée. Maintenant, elle ne ferme plus. Nous ne sommes plus en sécurité. Une porte blindée, ça coûte cher. Je n’ai pas les moyens de payer. »
Outre la réparation du préjudice, elle attend maintenant des excuses officielles.
Le préfet donne sa version
Mercredi en fin de journée, le préfet des Yvelines, Christian de Lavernée, a tenté de désamorcer la grenade médiatique lancée après l’opération de police du quartier des Musiciens. Il a exprimé ses regrets à l’égard de la famille qui a été “visitée” par erreur.
Dédramatiser à tout prix ! Pour sortir de la tempête médiatique qui a entouré l’intervention de la police aux Musiciens, le préfet des Yvelines, lui-même, a pris la barre en provoquant une conférence de presse, l’après-midi même, au siège de la DDSP. Entouré du directeur départemental de la sécurité publique, Thierry Couture, et de sa directrice de cabinet, Nathalie Colin, Christian de Lavernée a assuré que ni lui, ni ses services, ni la direction générale de la police nationale n’étaient à l’origine des fuites qui avaient provoqué l’arrivée massive des reporters télé et de la presse aux Mureaux.
La mystérieuse fuite
Syndicats de police, cabinet du ministre ? Le mystère reste donc entier sur l’origine des fuites. Les informateurs de la presse parisienne étaient en tout cas bien informés car, de l’aveu même du préfet, « le plan de travail avait été arrêté la veille à 18 h 30 ». Et d’ajouter « au vu de la présence des journalistes, nous avons pensé un moment annuler l’opération ».
La présence policière massive (plus d’une centaine d’hommes) était selon lui justifiée par la personnalité des quatre individus qui avaient été identifiés à la suite de l’attaque de la voiture de police. « Ce ne sont pas ce que l‘on peut appeler des “jeunes de banlieue”. L’un d’entre eux était âgé de 23 ans, et les trois autres ont entre 37 et 40 ans. Ce sont des personnages dangereux qui, à eux quatre, totalisent 110 délits répertoriés. Le conducteur de la voiture qui a percuté les policiers avait à lui seul 37 délits répertoriés à son actif dont 14 vols à main armée pour les 14 derniers. »
« Le dispositif était, selon lui, justement proportionné. » Et d’en donner le détail : « 34 CRS assuraient la couverture de l’opération et ont participé à la fouille des caves et des communs pour retrouver le matériel volé aux policiers∞» : un flash-ball, une radio, un tonfa qui n’ont d’ailleurs pas été retrouvés. « Le dispositif d’interpellation était classique, mais multiplié par six : huit policiers des Bac et de la Brec, pour investir et sécuriser chaque appartement, accompagnés par cinq enquêteurs de la sûreté départementale qui font leur travail d’enquête. » Soit 78 au total.
« Il n’y a eu aucune brutalité policière, a assuré le préfet. La procédure d’interpellation était adaptée au pedigree des personnes que nous voulions interpeller. » Et s’il a reconnu que les policiers avaient leurs armes à la main, il dément qu’ils les aient braqués sur des enfants ou des mères de familles.
Il admet cependant « qu’un appartement sur les six “ciblés” a été visité par erreur ». Les policiers auraient été orientés vers le bon étage, mais auraient été trompés parce qu’une personne serait sortie, puis rentrée précipitamment dans l’un d’entre eux en les voyant. « J’exprime mes regrets à l’égard de cette famille, qui, ajoute-t-il n’a eu à subir aucun contrôle particulier. »
Eviter les amalgames
Christian de Lavernée a aussi cherché à apaiser la tension en évitant les amalgames. « Je comprends, a-t-il déclaré, que les habitants se sentent stigmatisés, mais nous faisons la différence entre les délinquants et la population des Mureaux. Je partage aussi l’irritation du maire, François Garay, quant à la présence des journalistes » et au fait qu’il considère que cette affaire « risque de ruiner tous [ses] efforts pour améliorer la situation de la ville, mais ni le préfet, ni la DDSP n’étaient au courant de la présence de la presse. Avant dimanche, la situation était normale aux Mureaux comme le montrent les statistiques de l’évolution de la délinquance ».
Pour preuve que l’État s’intéresse à ce quartier pas simplement sous l’angle sécuritaire, le préfet a annoncé qu’il comptait rencontrer ses habitants en compagnie du maire.
P.W.




