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Les Salvador : parcours de bâtisseurs
Aujourd’hui présidente du conseil de surveillance d’Hervé SA, Renée Salvador retrace l’épopée de cette entreprise familiale qui joue dans la cour des grands depuis plusieurs décennies.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  11 octobre 2006
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La Maison de la RAPT à Paris.

1946 : les lendemains de la guerre. Le pays est à reconstruire. Dans le petit village de Lainville, au cœur du Vexin, Louis Hervé se dit qu’il y aura du travail pour les hommes courageux et entreprenants. Il embauche un ouvrier et crée l’entreprise Hervé. « Maçonnerie, électricité, plomberie, chauffage : mon père faisait tout. Ma mère s’occupait de la comptabilité, comme le faisaient et les font encore les artisans », raconte Renée Salvador.

A l’époque, elle était toute jeune fille. Elle n’a pas oublié les tournées qu’elle effectuait le dimanche à vélo avec sa sœur Sylvaine pour distribuer des buvards à l’effigie de l’entreprise générale Hervé. « C’est le moyen que nous avions trouvé pour nous faire connaître. On en a fait des kilomètres ! »

Une pub efficace puisque neuf ans plus tard, en 1955, Hervé comptait déjà une cinquantaine de salariés. « Au départ, je ne voulais pas travailler dans l’entreprise familiale. Le midi, le soir, le dimanche, à la maison, on ne parlait que bâtiment. J’en avais ras le bol », se souvient-elle. Mais la destinée devait en décider autrement.

Plus de 800 classes construites

Responsable des approvisionnements dans une société parisienne, Renée suivait les cours du soir du CNAM pour devenir ingénieur. Sur les bancs du conservatoire, Marc Salvador, jeune ingénieur dans le bâtiment est tombé sous le charme... « J’ai voulu échapper au bâtiment, mais j’ai été rattrapée », avoue-t-elle.

En 1955, Marc Salvador rejoint l’entreprise de son beau-père. Il apporte ses compétences d’ingénieur, des méthodes de travail nouvelles, mais aussi un formidable dynamisme.

En 1958, l’entreprise s’installe à Mantes-la-Jolie. La fin des années cinquante, c’est le début des “trente glorieuses”, l’industrialisation de la vallée de la Seine. Usines, logements et écoles, on construit à tour de bras. Hervé SA fait partie des entreprises qui participent à cet essor sans précédant de la région « Entre 1957 et 1983, nous avons construit plus de 800 classes de la maternelle au collège. Plus de 850 logements réalisés à Mantes-la-Jolie, 600 à Mantes-la-Ville », souligne-t-elle.

Après le départ à la retraite de Louis Hervé, Marc Salvador reprend les rênes de la société en 1972. Il a de nouvelles ambitions : il veut donner une dimension internationale et se lance sur le marché arabe. Il réalise l’université de Djeddah, des logements au Venezuela, des résidences de luxe en Floride.

Hervé SA est à son zénith et compte plus de 700 salariés quand Marc Salvador disparaît tragiquement dans un accident de voiture.« C’était comme une chape de plomb qui venait de tomber sur mes épaules. Malgré la douleur, je ne pouvais pas me laisser aller au chagrin. Il y avait l’entreprise, tous les salariés, les chantiers et les contrats en cours. Il fallait réagir très vite. Je me suis jetée dans le travail. »

Le coup est dur, mais personne ne quitte l’entreprise. Personne non plus ne veut reprendre la place de PDG. « A l’époque, je me suis demandé si ce n’était pas un pari fou. Mais je l’ai fait et l’avenir m’a donné raison. »

Courtisée par les majors

Femme PDG dans un monde presque exclusivement masculin, Renée Salvador se révèle une négociatrice redoutable : « J’ai réussi à faire sauter toutes les cautions personnelles. » Une de ses fiertés.

Après le décès de Marc Salvador, les majors du BTP lorgnent sur l’entreprise. « J’ai été très courtisée. Mais je n’ai jamais cédé. »

Les années quatre-vingt-dix marquent l’arrivée de la troisième génération, avec toujours la même passion d’entreprendre. Devenue une grosse PME, installée sur 2 000 m2 de bureaux dans l’immeuble l’Apollo, elle présente en Ile-de-France tous les domaines du bâtiment et du génie civil.

Hervé SA ouvre sa propre école de formation. Valoriser les métiers, transmettre aux jeunes, c’est le credo de Renée Salvador.

Le siège de la RATP (une des réalisations dont elle est la plus fière), un immeuble d’habitation de 999 logements à Chevilly-la-Rue, la reconstruction de l’hôpital Lariboisière, avec ses salles de laboratoire édifiées sur ressorts pour absorber les vibrations du métro : l’entreprise a acquis un savoir-faire qui lui permet de jouer dans la cour des grands, de répondre aux exigences techniques les plus complexes.

Avec Jean-Michel Salvador, la société s’est tournée vers de nouveaux marchés, à l’est en Pologne, puis maintenant en Roumanie où elle a construit quatre hypermarchés à Bucarest, une usine de 23 000 m2 pour Saint-Gobain à Calarasi. Elle est en train de réaliser l’usine Renault-Dacia de Pitesti. C’est une nouvelle page qui se bâtit.

Quelques réalisations

Studios de télévisions de la plaine Saint-Denis en 1991

L’Institut Pasteur à Paris de 1888 à 1992

Le lycée d’Aubergenville en 1989

Le lycée La Bruyère à Versailles en 1992

Le lycée Henri-IV à Paris et l’IUT de Mantes-en-Yvelines en 1997

L’hôpital Bichat en 2003

Le centre de neuroimagerie du CEA (Centre d’études atomiques) de Saclay en 2005

La rénovation et la modernisation de la prison de Fleuris-Mérogis, chantier en cours pour une durée de 6 ans.


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