La police passe un sale quart d'heure aux Musiciens
Une patrouille de police qui avait pris en chasse un chauffard s’est retrouvée prise au piège, sous les jets de pierre des émeutiers, quartier Bizet dimanche soir. Sept policiers ont été blessés, et deux véhicules ont été détruits par un groupe déchaîné.
Frédéric Antoine
Le Courrier de Mantes
Publié le: 04 octobre 2006
Page 6
Comme souvent dans les cités des Musiciens ou de la Vigne Blanche, tout commence par un contrôle de police qui tourne mal. Vers 19 heures, dimanche soir, quartier des Musiciens, une patrouille de police veut contrôler un conducteur d’une Renault 5 déjà défavorablement connu des services de police. Le conducteur sans permis refuse de s’arrêter et force un barrage avant de prendre l’avenue de l’Europe, à vive allure, en direction du centre ville. Arrivé dans le centre commerçant, il ne ralentit pas.
« Cramez-les ! »
Les policiers qui l’ont pris en chasse veulent l’arrêter car il représente un danger pour les passants. Ils le retrouvent quartier Bizet. En plein milieu de la chaussée, face au centre commercial, le conducteur percute volontairement le véhicule de police Xsara Citroën qui le poursuivait.
Il est 19 heures 15. Les trois fonctionnaires, secoués, descendent du véhicule pour interpeller le chauffard. Ils ont juste le temps de lui passer les menottes.
En raison de l’heure de la prière du Ramadan, il y a beaucoup de monde dans la rue et aux alentours de la nouvelle salle de prière du quartier. Une centaine de jeunes, sans doute pas tous venus pour la prière de rupture du jeûne, s’attroupent autour du véhicule sérigraphié et parviennent à aider le contrevenant à prendre la fuite, les menottes toujours accrochées aux poignets. L’attroupement grossit et se fait plus menaçant. Deux cent cinquante jeunes, selon la police, cent trente selon le parquet de Versailles, déclenchent une véritable émeute autour des véhicules et prennent violemment à partie les trois fonctionnaires de police qui se réfugient dans la Xsara Citroën, violemment caillassée. « Ils ne sortiront pas vivants de la voiture ! », hurle un émeutier.
Un deuxième véhicule de police 306 Peugeot et ses occupants sont aussi la cible d’une autre agression. Un fonctionnaire membre de cette deuxième patrouille tente de faire usage d’une bombe lacrymogène qui lui explose au visage, sous le jet d’une pierre. Autour de la 306 qui ne veut plus démarrer, les policiers sont littéralement asphyxiés par le gaz qui s’échappe…
Pendant ce temps, la première équipe de policiers est toujours prisonnière de la Xsara et, dans l’habitacle, se protège tant qu’elle peut des pierres et des bris de pare-brise. « Cramez-les ! », vocifère un autre jeune exalté par la violence de la scène.
Les renforts arrivent, notamment une compagnie de CRS venant de Mantes un quart d’heure après le début des troubles, ils font usage de grenades MP7 de “ désencerclement ” et de flash-balls.
Les deux équipes cibles des émeutiers parviennent enfin à se retirer tandis que les agents de prévention de la ville des Mureaux tempèrent la foule. Un peu avant, c’est un policier qui est même mis à l’abri par un habitant dans l’école Jacques-Prévert, située de l’autre côté de la rue.
À peine les policiers ont-ils quitté la Xsara que le véhicule est complètement vidé de son contenu et incendié par les jeunes attroupés, ainsi que la Renault 5 qui l’avait percuté.
Plus de quatre-vingt dix policiers du département et une compagnie entière de CRS ont patrouillé jusqu’à 22 heures pour pacifier le quartier. L’avenue de l’Europe qui relie Les Mureaux à l’autoroute A 13 a été complètement coupée à la circulation pendant trois heures.
Sept fonctionnaires de police ont été blessés, notamment par le gaz lacrymogène, et souffrent de brûlures au visage, brûlures des voies respiratoires, d’ecchymoses et de douleurs cervicales. Un policier a eu 15 jours d’interruption de travail et un autre 4 jours. Il n’y a eu aucune arrestation.
L'Unsa Police réagit
Le syndicat UNSA Police condamne sans retenue les événements de la soirée du 2 octobre aux Mureaux. Dans un communiqué, le syndicat souligne qu’il veillera à ce que « des condamnations lourdes et exemplaires soient infligées aux auteurs » de l’agression perpétrée contre les policiers des Mureaux, ce dimanche.
Laurent Ysern, responsable adjoint d’UNSA Police Ile-de-France rappelle que « depuis plusieurs mois, les policiers subissent des agressions de plein fouet » dans toute la banlieue parisienne, « avec la volonté de porter des blessures graves ».
Lors d’une rencontre avec le préfet des Yvelines, le 3 octobre dernier, le syndicat n’a pas manqué d’évoquer les manques d’effectifs dans les circonscriptions les plus difficiles. « Dans une circonscription comme celle des Mureaux, nous avons besoin de moyens opérationnels plus réactifs pour assister les policiers en tenue », estime Laurent Ysern. L’UNSA évoque aussi l’urgence qu’il y a à soutenir les associations de quartier qui œuvrent à la prévention.
« On est vraiment monté d’un cran dans la violence et malheureusement, on pouvait s’attendre à cette dégradation sur le terrain (..) En dépit des promesses ministérielles qui ont suivi les émeutes de novembre 2005, tous les moyens n’ont pas été mis à disposition des collègues », déplore le responsable syndical. Aussi craint-il que « la légitime défense (soit) mise de plus en plus souvent en avant par les policiers », autrement dit que les fonctionnaires sortent leur arme administrative, dans une situation où ils se sentent en danger. « La situation est grave et dangereuse en banlieue parce que nos collègues ne travaillent plus dans des conditions qui leur donnent les capacités d’accomplir leur mission », conclut-il.
Le mois dernier, c’est un fonctionnaire de la brigade anticriminalité de nuit de Mantes-la-Jolie qui avait été roué de coups par une cinquantaine de jeunes dans le quartier des Peintres-Médecins. Il s’en était sorti avec un bras cassé et des blessures au visage.
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