Qui est Jean-Pierre Pécriaux ? Un expert-comptable « sous la dépendance » d’un patron autoritaire au point de fermer les yeux sur les 880 000 francs (133 942 euros) de notes de restaurant établies en un an ? Est-il le chef « sans caractère » d’une horde de comptables incapables de récupérer des justificatifs pour expliquer l’explosion des dépenses ?
Au second jour du procès Delfau, le 26 septembre, les magistrats de la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris se sont intéressés de près à l’expert comptable de Michel Delfau poursuivi pour « complicité d’abus de biens sociaux » et « complicité d’abus de confiance ».
Ce petit homme au crâne dégarni, plutôt à l’aise à la barre dans son costume sombre, a souligné d’emblée qu’il tenait la comptabilité de quatre sociétés et de deux holdings et ce, depuis une vingtaine d’années. Confrontés aux nombreux retraits d’espèces de Delfau, l’ancien commissaire aux comptes de la société AIS en 1997, s’est défendu : « Les retraits d’espèces étaient transparents. C’était marqué dans les comptes ».
Il s’est montré en revanche moins à son aise lorsque le président du tribunal, Olivier Leurent, l’a interrogé : « Vos employés disent : on n’arrive pas à avoir les justificatifs. Vous auriez pu dire : pas de pièces, pas de bilan et vous démissionniez ! »
« En octobre 2001 la comptable vient me voir et me dit qu’elle n’arrive pas à avoir les pièces, a répondu J-P Pécriaux. En avril 2002 je la revois elle n’a pas les justificatifs. Je vais voir Michel Delfau qui me dit avoir effectué 300 000 francs ( 45 662 euros) d’invitations. J’ai eu des doutes (...) Mais démissionné ? Si je partais, 850 salariés n’auraient pas été payés. Je pensais les avoir ces pièces », a-t-il rétorqué. Puis d’ajouter : « Je n’avais pas (non plus) une mission d’audit. »
« Ainsi vous interveniez personnellement dans les comptes, vous imputiez aux dépenses (débit) des factures qui n’avaient pas de justificatifs ? », a poursuivi le président. « On a affecté ces sommes en attendant d’en avoir. Encore fallait-il savoir qu’il s’agissait de dépenses personnelles ! »
Quant à savoir s’il était au courant des remises d’argent aux élus, il affirme qu’en 1996 Delfau lui aurait dit « avoir besoin de liquidités pour remettre à des élus ». « Je lui ai dit non c’est interdit » a-t-il expliqué. Ce n’est qu’en 2001, selon lui, que Delfau glisse les noms de Bédier et Forray. « Je ne vois pas pourquoi il m’aurait dit cela si ce n’était pas vrai » a-t-il asséné mercredi à la barre. « Je pense qu’il m’a dit la vérité sûrement parce qu’il n’était pas dans son état normal… in vino veritas » a-t-il renchéri Les avocats de Pierre Bédier et de Gilles Forray ont alors envisagé toutes les hypothèses pour expliquer cette confidence de Delfau jusqu’à dire que Delfau lui avait menti et que l’objectif de l’entrepreneur était d’alimenter son compte en Suisse.
L’expert comptable s’est également expliqué sur le compte d’épargne salariale. Un compte de 15 millions de francs qui servait à verser les primes d’intéressement mais dont très peu de salariés ont vu la couleur. Peut-être une réserve pour Delfau au cas où. En tout cas « la somme n’a jamais disparu du compte » a soutenu le comptable.
Michel Seimando et Marc Chauvisé
Pour imprimer cet article
Envoyez cet article à un ami
Autres articles associés