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Gilles Forray a reconnu avoir contracté un prêt, mais a réfuté les autres accusations. |
La journée de lundi a été consacrée à l’examen de la situation de Gilles Forray, accusé de recel d’abus de biens sociaux, d’avoir touché des enveloppes en liquide et d’avoir surtout bénéficié d’un prêt (au total 480 000 F) qu’il n’a jamais remboursé.
Les enveloppes
Là encore, tout repose sur les accusations d’Aloka Delfau, l’épouse du patron de plusieurs sociétés de services, dont Ainett, ainsi que de son fils Yann Laurant. Elle en fait mention dans une lettre dactylographiée jointe à sa seconde déposition où elle décrit « le cérémonial » qui selon elle, présidait à la remise d’enveloppes aux élus : « Mon mari demandait à la comptabilité de sortir des sommes en liquide, comptait les billets de 500 F, les mettait dans une enveloppe kraft demi-format et la glissait dans un dossier qu’il remettait au dessert ».
Elle dit avoir été témoin deux fois de cette remise de“dossiers” à Gilles Forray au restaurant, une fois à Courchevel, une fois à Marly. « Mais, ajoute-t-elle, je n’ai jamais vu Gilles Forray ouvrir les enveloppes ».
Son fils Yann Laurant, lui aussi dit avoir vu Michel Delfau procéder de la même façon lors d’un déjeuner avec Gilles Forray. Mais ils sont les seuls. Si la secrétaire de Michel Delfau raconte, lors de son interrogatoire, qu’elle « n’a eu vent de ces remises d’espèces » ce n’est que d’après ouï-dire. Et si Michel Delfau lui a « demandé parfois des enveloppes », elle est incapable, de faire le lien entre les demandes d’enveloppes et les remises d’espèces.
Quant aux mentions sur les bordereaux, qui justifiaient comptablement de ces remises d’espèces, et où figurent les initiales GF en face des sommes retirées, personne parmi les employés (en dehors de l’épouse de Michel Delfau) ne « reconnaît ni les écritures, ni les mentions qui y figurent ».
Gilles Forray réfute d’ailleurs en bloc ces accusations. « Aloka Delfau ment ! Quant à son fils, c’est la voix de son maître ! ». Sous entendu, il répète ce que dit sa mère.
« Je n’ai jamais touché un centime, ni favorisé Michel Delfau pour qu’il obtienne des marchés. Ces enveloppes, c’est de l’affabulation. D’ailleurs, la Chambre régionale des comptes qui a examiné les marchés n’a rien trouvé à redire ». Ce sera d’ailleurs le fond de sa ligne de défense : si la Cour des comptes et l’expert mandaté par le juge Courroye n’ont pas trouvé d’éléments indiquant qu’il y a eu favoritisme, c’est qu’il n’y en a pas eu. Et s’il n’y en a pas eu, pourquoi Michel Delfau m’aurait-il versé un dessous de table ?
Le président aura beau revenir en détail sur la concordance troublante entre les dates des retraits en liquide, et celles des déjeuners dans différents restaurants, offerts à Gilles Forray (une bonne dizaine entre 2000 et 2001) — repas qu'il payait d’ailleurs avec les cartes de sa société — Gilles Forray n’en démordra pas : « coïncidences ».
« Alors comment expliquez-vous les accusations d’Aloka Delfau ? » lui demande le président. « Quand Michel Delfau a su que sa femme le trompait, il a pété les plombs. Il dilapidait son patrimoine avec sa maîtresse, ce qui a inquiété Aloka. Elle, qui avait bénéficié pendant des années des abus de biens sociaux de son mari, a compris que l’administration mettrait un jour le nez dans ses affaires. Et comme les délateurs sont absous, elle pensait y échapper ».
« En fait, reprendra-t-il, elle était décidée à tuer socialement son mari. C’est pour cela qu’elle a inventé cette histoire d’enveloppe, car la corruption est un délit plus grave que l’abus de biens sociaux. » Enfin, « elle a convaincu les deux autres (son fils et la maîtresse de son mari) de s’associer à elle, car ils étaient, eux aussi, bénéficiaires des abus de bien sociaux. La preuve, c’est qu’ils ne sont pas poursuivis ».
Le prêt
480 000 F. C’est le total des sommes que Michel Delfau avait prêté à Gilles Forray, sur le compte d’une de ses sociétés. 200 000 F d’abord, qui devaient être remboursés le 31 décembre 1991, d’après la reconnaissance de dette cosignée par les époux Forray.
Ils n’ont jamais été remboursés. Pas plus que celui contracté un an plus tard (encore 200 000 F) et qui apparaît dans la comptabilité de la société sous la mention “avance Forray”, ni les 20 000 F versés par la suite. Avec les intérêts, la somme représentait 481 667 F, reportés d’années en année, sur le bilan. L’expert comptable, qui avait alerté plusieurs fois, Michel Delfau, avait au bout du compte, reçu instruction de les passer en pertes. Pourquoi ? Est-ce que cela avait un rapport avec les passations de marchés ? Le président ne manquera pas de faire le rapprochement. « Jamais vous ne vous êtes dit, demandera-t-il à Gilles Forray, je suis président de la commission d’appels d’offres, il me prête 400 000 F, m’invite au restaurant, cela fait beaucoup ? » « Non, répondra l’adjoint de Poissy. Jamais, je ne me suis senti obligé ». « Vous ne trouvez pas ça gênant ? » « Non, je fais la part des choses ».
« Ce n’était pas un don, a-t-il expliqué pour sa défense. J’ai toujours eu l’intention de le rembourser. Je ne savais pas que c’était l’argent de sa société, j’ai toujours cru que c’était son argent personnel ». Pourtant, la reconnaissance de dette avait bien été établie au nom de la société. Alors que croire ?
Delfau ange ou démon ?
Bédier défend la mémoire de l'entrepreneur
Que penser de Michel Delfau ? La personnalité sulfureuse de l’entrepreneur a été passée au crible par le président du tribunal le 26 septembre. Homme excessif aimant la bonne chère et les jolies filles, amoureux des belles voitures, la Ferrari notamment qu’il qualifiait de « pompe à gonzesses », le portrait que le tribunal a dressé de Michel Delfau était à tout le moins contrasté.
Ainsi, après le personnage « sympathique » décrit la veille qui « brûlait la chandelle par les deux bouts » on découvrait mardi un personnage plus antipathique attiré par les copines de son fils qu’il séduisait sans discrétion à Deauville et à Cannes. On découvrait un « franc-maçon » qui se croyait « intouchable » et « au-dessus des lois », selon les témoignages d’Aloka et de Karen, une « amie » de Michel Delfau. Les deux femmes n’ont pas été citées comme témoin au procès. Puis on soupçonnait un homme « pervers » qui se serait livré, il y a près de vingt ans, à des « attouchements » et autres « gestes déplacés » sur les enfants de son épouse, Aloka, Yann Lorant et sa sœur Élise. Leurs témoignages ont été lus par le président.
Bref Michel Delfau a pris les traits le 26 septembre d’un homme peu fréquentable. Face à ces accusations qui n’ont jamais eu de suites judiciaires, le président du conseil général des Yvelines est venu à la rescousse de son ami. « Je crois profondément qu’il n’y a rien d’exact dans cette affaire. Ce sont des déclarations monstrueuses », s’est insurgé Pierre Bédier devant le tribunal. Pour lui il s’agit d’une « estocade » portée par Aloka Delfau qui « souhaitait voir son mari resté le plus longtemps possible en prison (..) » L’amitié n’est pas pénalement répréhensible.
M.S.




